jeudi 16, avril 2026
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À Amdjarass, le tableau noir s’efface désormais sous les coups. Après les violences ciblant des étudiants originaires du sud fin 2025, la spirale a franchi un seuil ignoble : ce sont aujourd’hui les enseignants eux-mêmes qui deviennent des proies
Dans un communiqué sans détour, les professeurs du lycée d’Amdjarass dénoncent une série d’agressions répétées, culminant avec l’attaque physique du proviseur. Un fait d’une gravité extrême, qui ne relève ni de l’incident isolé ni de la rumeur amplifiée : il s’inscrit dans une mécanique bien rodée, faite d’intimidations, de violences et d’impunité.
Le plus accablant n’est pas seulement la brutalité des faits, mais leur banalisation. Depuis plusieurs années déjà, Amdjarass s’illustre comme un territoire où l’école recule à mesure que la violence prospère. Plus de 400 enseignants ont déserté leurs postes, fuyant non pas un inconfort, mais un péril. Ce chiffre, à lui seul, devrait provoquer un électrochoc national. Il n’a suscité qu’un silence pesant.
Face à cette dérive, les autorités brillent par leur inertie. Le pouvoir militaire, prompt à exhiber sa fermeté ailleurs, semble ici frappé d’une étrange paralysie. L’ordre public, pourtant pilier de toute gouvernance, se délite sous les yeux d’un État absent, sinon indifférent.
La décision des enseignants de suspendre les cours n’est ni une fronde ni un caprice corporatiste. C’est un cri de détresse, une mesure de sauvegarde. Car enseigner ne devrait jamais relever de l’acte de bravoure, encore moins du sacrifice.
Ce qui se joue à Amdjarass dépasse le simple cadre local. C’est l’idée même d’un État protecteur qui vacille. Lorsque ceux qui transmettent le savoir deviennent des cibles, c’est toute la société qui sombre dans une régression dangereuse.
La question n’est plus de savoir si la situation est grave. Elle l’est. Tragiquement. La seule interrogation qui demeure est celle-ci : jusqu’à quand le silence officiel servira-t-il de complice à la violence ?
Eric Ngarlem Toldé, Journaliste engagé pour la justice et la vérité