mercredi 10, juin 2026

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Baccalauréat au Tchad : Abakar Mahamat Hassaballah au cœur de graves soupçons de malversations à l’ONECS

Des chiffres incohérents, des centres présumés fictifs, des enveloppes distribuées hors des listes officielles et des accusations de conflit d’intérêts. Alors que les épreuves du baccalauréat ont débuté ce matin sur l’ensemble du territoire national, de nombreuses zones d’ombre continuent d’entourer la gestion de l’Office National des Examens et Concours du Supérieur (ONECS).

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À l’ONECS, plusieurs sources décrivent une administration où les directeurs ne sont plus que de simples exécutants, tandis que le véritable centre de décision gravite autour du directeur des examens et concours, Abakar Mahamat Hassaballah. Une influence qui suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations au regard des anomalies relevées dans l’organisation du baccalauréat.

Des résultats qui interrogent

Les statistiques du baccalauréat 2025 continuent d’alimenter les débats. Selon un document rendu public par Guirayo Jérémie, ancien président du jury du baccalauréat, 104 440 candidats ont été inscrits à l’examen.

Parmi eux, 23374 admis d'office, 26 854 ont été déclarés admissibles. Cependant, ces mêmes statistiques font état de 1 756 cas de fraude et de 1 874 absents parmi les candidats admissibles.

Or, les chiffres officiels mentionnent au final 24 889 admis définitifs sur les 26854 dont 1756 cas de fraude et 1874 absents. Miracle. 

Pour plusieurs observateurs, ces données posent des interrogations sur la cohérence du processus de délibération. Comment expliquer certains écarts statistiques ? Les cas de fraude et les absents ont-ils effectivement été exclus du calcul final ? Les autorités compétentes n’ont, jusqu’à présent, apporté aucune clarification publique détaillée sur ces chiffres.

Le mystère du budget du baccalauréat

Au-delà des résultats, c’est également la question du financement de l’examen qui suscite des interrogations.

Chaque année, des milliards de francs CFA issus des ressources publiques sont mobilisés pour l’organisation du baccalauréat. Pourtant, selon plusieurs sources internes, le montant exact du budget alloué à cette opération demeure inconnu du grand public.

Aucun document détaillé n'est accessible afin de connaître les dépenses réellement engagées pour les centres d’examen, le secrétariat, la surveillance, la correction ou encore la logistique.

Cette opacité nourrit de nombreuses suspicions au sein du corps enseignant ainsi que parmi certains agents impliqués dans l’organisation de l’examen.

Des centres fictifs pour gonfler les dépenses ?

Plus grave encore, plusieurs témoignages évoquent l’existence présumée de centres d’examen déclarés sur le papier mais inexistants sur le terrain.

À Moundou notamment, alors que cinq centres ont été officiellement annoncés, seules trois structures sont effectivement ouvert leurs portes, selon des informations recueillies localement.

Des constats similaires sont rapportés à Abéché et à Doba par plusieurs correspondants.

Un enseignant contacté estime que ce phénomène de « centres fictifs » concerne plusieurs provinces du pays. 

Des enveloppes distribuées hors des listes officielles ?

Selon une source interne à l’ONECS, des irrégularités existent également dans la répartition des indemnités.

Alors que la liste officielle du secrétariat compte environ 430 personnes, des individus qui n’y figureraient pas auraient néanmoins perçu des enveloppes financières.

La même source affirme que certains agents de sécurité, notamment des gendarmes et des militaires en faction devant l’ONECS auraient bénéficié de paiements sans apparaître sur les listes officielles.

Des affirmations qui, si elles étaient établies, pourraient révéler l’existence d’un système de dépenses parallèles difficilement traçables.

Soupçons de conflit d’intérêts

Autre élément soulevé par plusieurs sources : les véhicules utilisés par certains présidents de centres appartiendraient, selon elles, à Abakar Mahamat Hassaballah lui-même.

Ces informations alimentent les soupçons de conflit d’intérêts dans la gestion logistique des examens.

Le directeur des examens et concours avait également été reçu récemment par le Premier ministre. Les raisons exactes de cette rencontre n’ont pas été rendues publiques. Notre source à la primature nous promet des précisions dans les jours à venir. 

La réponse d’Abakar Mahamat Hassaballah

Contacté, Abakar Mahamat Hassaballah rejette catégoriquement l’ensemble des accusations portées contre lui.

« Non, non, non Eric, rien de tout cela n’est vrai. Ce sont d’anciens membres du jury, écartés cette année en raison de comportements malsains, qui cherchent aujourd’hui à jeter le discrédit sur notre travail », a-t-il déclaré.

Le responsable affirme par ailleurs que son unique préoccupation demeure la bonne organisation du baccalauréat.

« J’organise cet examen depuis plus de deux décennies et, chaque année, nous cherchons à améliorer le processus », soutient-il.

Une nécessaire opération vérité

Face à l’accumulation de ces accusations et démentis, une exigence s’impose : celle de la transparence.

Les candidats, les parents d’élèves, les enseignants et l’ensemble des contribuables tchadiens sont en droit de connaître le coût réel de l’organisation du baccalauréat, la liste exhaustive des centres effectivement ouverts, les bénéficiaires des indemnités ainsi que les critères ayant conduit aux résultats définitifs.

Dans un contexte où la crédibilité des examens nationaux constitue l’un des piliers de l’école tchadienne, seule une enquête indépendante et transparente permettra de dissiper les soupçons ou de mettre au jour d’éventuelles responsabilités.

Affaire à suivre.