mardi 28, juillet 2026

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Crise de gouvernance au Tchad : le programme du Carter Center plongé dans l’impasse, entre violations du droit du travail et risques diplomatiques cro

Le Carter Center, longtemps considéré comme l’une des institutions humanitaires américaines les plus respectées, fondée par le défunt Président Jimmy Carter, traverse une crise majeure au Tchad. Des accusations de violations du droit du travail, d’intimidation, de discrimination religieuse et des irrégularités financières paralysent le Programme d’Éradication du Ver de Guinée (CGWEP), l’un des projets de santé publique les plus emblématiques au monde.

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Des documents internes transmis à la direction du Carter Center à Atlanta décrivent une rupture profonde de confiance managériale et un ensemble de pratiques attribuées au représentant Pays, Dr Abdalla Bakri Meftuh, que les autorités tchadiennes et les employés jugent contraires à la législation nationale et aux politiques internes du Carter Center.

 

Dans leur réponse officielle à la PDG Paige Alexander, les délégués du personnel écrivent :

« Le plan de réduction d’effectifs (RIF) a été transmis par le CR avant même que le comité de négociation ne commence ses travaux et pendant la période de 45 jours prévue pour l’examen des doléances du personnel. » « Cette démarche constitue une violation manifeste de l’article 158 du Code du Travail tchadien. »

Ils ajoutent que la procédure engagée « ne peut être considérée comme régulière tant que ces manquements ne sont pas corrigés. »

 

Une mission humanitaire fragilisée par des défaillances de gouvernance : Pour les décideurs américains, cette crise pose des questions sensibles : supervision, conformité, responsabilité institutionnelle et exposition diplomatique des organisations américaines opérant à l’étranger.

 

Les employés accusent le CR d’avoir :

• ciblé des employés permanents (CDI) et des délégués du personnel en les qualifiant « d’agitateurs » ;

• manqué de respect aux inspecteurs du travail tchadien ;

• affirmé disposer de protections politiques au sein du gouvernement et du siège du Carter Center ;

• exercé une discrimination religieuse envers les employés;

• instauré un climat d’intimidation et de peur.

 

Les délégués écrivent : « Votre réponse ne traite aucunement les préoccupations graves et documentées du personnel : micromanagement toxique, discriminations, népotisme, intimidations et soupçons de malversations financières. »

Les inspecteurs du travail se sont retirés des négociations après des interactions jugées hostiles, ne revenant qu’après une lettre d’excuses du CR.

 

Un programme à l’arrêt alors que les cas de Ver de Guinée augmentent 

 

Depuis avril 2026, le programme est quasiment à l’arrêt. Les opérations de surveillance sont suspendues, les équipes de terrain immobilisées, et seules les activités volontaires persistent. Les employés signalent une hausse des cas suspects de Ver de Guinée, un développement inquiétant pour une maladie proche de l’éradication mondiale.

Pour la politique américaine de santé mondiale, les implications sont majeures : le Tchad est l’un des derniers pays endémiques. Toute perturbation compromet des décennies d’investissements diplomatiques et philanthropiques américains.

 

Un plan de réduction d’effectifs disproportionné

 

 Le budget du Carter Center pour le Tchad devrait diminuer d’environ 5 millions USD en FY 2027, après une réduction de 4 millions USD l’année précédente. Avec un budget initial de 9,7 millions USD, cela représente une baisse d’environ 30 %.

Pourtant, le plan de RIF prévoit le licenciement de 766 employés sur 1 148, soit plus de 66 % de l’effectif total.

 

Les délégués du personnel soulignent « Cette disproportion flagrante, réduire 66 % de la main d’œuvre pour compenser une baisse budgétaire de 30 %, ne peut être expliquée par les seules contraintes financières. »

Ils rappellent également que le RIF viole les principes convenus : priorité aux départs à la retraite, limitation stricte des contrats expatriés, et nationalisation progressive des postes conformément à l’article 46 du Code du Travail.

 

Exposition juridique et risques diplomatiques 

 

Les accusations placent potentiellement le Carter Center en violation de :

• l’article 158 (consultation préalable pour licenciements économiques) ;

• l’article 67 (autorisation ONAPE pour les travailleurs étrangers) ;

• les décrets 191/PR/MFPT/96 et 289/PR/PM/MFPT/2009 (durée maximale des permis de travail expatriés) ;

• l’article 46 (transfert de compétences et promotion des travailleurs nationaux).

Si elles sont confirmées, ces violations pourraient entraîner :

• des sanctions administratives au Tchad ;

• une atteinte à la crédibilité humanitaire américaine ;

• un examen accru par le Congrès et les organes de contrôle américains ;

• une pression sur le Conseil d’administration du Carter Center, présidé par le Sénateur Jason Carter Jr., pour intervenir.

Malgré plusieurs lettres adressées au Sénateur Carter, à la PDG Paige Alexander, à la COO Kenya, à Dr Karshef et au Directeur du CGWEP Dr Adam Weiss, les employés affirment n’avoir constaté aucune action corrective.

 

 une crise de silence :

 

 Pourquoi le ministre tchadien de la santé, le ministre du travail, les députés et les sénateurs n’ont pas réagi publiquement?

 

Beaucoup s'interrogent sur le silence complice des autorités tchadienne face à cette crise qui secoue l'organisation depuis plusieurs mois. La promesse de Takilal Ndolassem reste en suspens. Pourquoi il n'a pas interrogé le ministre de santé sur la situation ? 

 

Cette absence d’intervention nourrit les spéculations sur une protection politique ou sur des enjeux de gouvernance plus profonds.

Les employés posent désormais des questions directes :

• Qui bénéficie de cette crise ?

• Pourquoi le CR semble-t-il protégé malgré les accusations ?

• Cache-t-on un scandale financier ?

 

Les délégués avertissent que le licenciement de 766 employés pourrait créer une vague de chômage dans un contexte économique fragile, alimentant potentiellement des tensions sociales.

Une demande de changement de leadership : Dans leur lettre officielle, les délégués du personnel formulent une demande claire :

« Le départ du CR, du CRA et de M. Oscar, et leur remplacement par une équipe neutre, indépendante et crédible, capable de restaurer la confiance. »

Ils affirment que le dialogue ne peut reprendre qu’avec une direction respectant la loi tchadienne, les politiques du Carter Center et les principes fondamentaux de transparence et de non discrimination.

Implications pour la politique étrangère américaine : Pour Washington, cette crise touche plusieurs priorités stratégiques :

• Diplomatie États Unis / Afrique : le Carter Center est un instrument de soft power ; sa défaillance risque de créer des frictions bilatérales.

• Leadership en santé mondiale : l’éradication du Ver de Guinée est un succès américain ; tout recul affaiblit la crédibilité du pays.

• Gouvernance et lutte contre la corruption : les accusations contredisent les engagements américains en matière de transparence.

• Protection de la main d’œuvre humanitaire : le traitement des employés tchadiens soulève des questions sur les normes sociales dans les missions affiliées aux États Unis.

Si le Carter Center n’agit pas rapidement, les décideurs américains pourraient être contraints d’intervenir, par des canaux diplomatiques ou via un contrôle parlementaire.

 

Affaire à suivre...