jeudi 16, avril 2026

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Gali Ngothé Gatta : d’icône de la lutte à figurant d’un crépuscule politique

Il fut un temps où le nom de Gali Ngothé Gatta résonnait comme une promesse de rupture. Aujourd’hui, il sonne plutôt comme un aveu d’abdication.

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Entre trajectoire brillante et reniements successifs, le parcours de cet ancien pilier de l’opposition tchadienne illustre une dérive tristement banale : celle d’un homme qui, à force de compromis, a fini par troquer le combat pour le ventre qui gargouille.

Né le 2 juin 1949 à Kyabé, économiste de formation, passé par l’université de Nanterre, Gatta coche toutes les cases du cadre intellectuel aguerri. Ancien secrétaire général de la présidence sous Goukouni Oueddei, député, candidat à la présidentielle de 2016 (un score famélique de 1,21 %), il fut surtout l’une des figures du FROLINAT et un visage actif de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC).

Mais sous le vernis du parcours, les fissures sont béantes.

Arrêté sous le régime de Hissein Habré, Gatta avait acquis une aura de résistant, une légitimité forgée dans l’épreuve. Pourtant, des années plus tard, cette même figure de la lutte s’est progressivement diluée dans les arcanes d’un pouvoir qu’il prétendait combattre. Le tournant décisif survient lors du Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) en 2022 : propulsé président du présidium, il devient, selon nombre d’observateurs, le gardien silencieux d’un processus largement contesté.

Silencieux, voire docile.

À l’heure où les attentes populaires exigeaient fermeté et indépendance, Gatta choisit le mutisme. Une retenue qui confine à la complicité pour ses détracteurs. Nommé ensuite ministre d’État, secrétaire général à la présidence par Mahamat Idriss Déby Itno, il parachève sa mue : de pourfendeur du système à rouage assumé.

L’homme qui tenait ses discours en arabe littéraire et en français, réunissant les Tchadiens des quatre coins sous son balcon de Moursal, est devenu l’ombre de lui-même. Celui qui avait ordonné la restitution du corps de Brahim Seulgué, assassiné devant chez Kebzabo,à la famille Déby devient celui qui couvre les cadavres dans les tiroirs du Déby fils.

Les langues se délient, et le constat est sévère. Certains rappellent, non sans ironie mordante, l’épisode de la “soupe salvatrice” de Jeanne Kebzabo évoqué par Saleh Kebzabo Daniel, comme pour souligner une dépendance ancienne, presque structurelle, à l’égard des cercles du pouvoir. D’autres évoquent un homme affaibli, politiquement et physiquement, sauvé in extremis en 2022 avant d’être recyclé dans un rôle institutionnel taillé sur mesure.

Puis vient la chute, brutale mais prévisible : limogé fin 2023, remplacé par Mahamat Ahmad Alhabo, Gatta quitte la scène par la petite porte. Officiellement, une décision administrative. Officieusement, un règlement de comptes entre anciens compagnons devenus rivaux.

Le bilan, lui, est implacable.

Celui qui incarnait jadis une alternative crédible aura fini par symboliser une constante du paysage politique tchadien : l’absorption des opposants par le système qu’ils dénoncent. Gali Ngothé Gatta n’est ni le premier ni le dernier. Mais son cas frappe par l’ampleur du contraste entre les espoirs qu’il portait et la résignation qu’il incarne désormais.

Au fond, l’histoire retiendra peut-être moins l’économiste brillant ou le militant engagé que cette image plus crue : celle d’un homme qui, face aux promesses du pouvoir, a préféré remplir son assiette plutôt que tenir sa parole.

Eric Ngarlem Toldé, journaliste engagé pour la vérité et la justice