jeudi 16, avril 2026
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Par pleine vie Alors que l’Iran est bombardé, Mojtaba Khamenei prend la tête du régime avec, dans son ombre, un empire immobilier européen chiffré en centaines de millions. De Londres à Paris, enquêtes et sanctions peinent encore à en percer les véritables propriétaires.
Alors que l’Iran subit frappes et salves de missiles dans une guerre ouverte avec Israël et les États-Unis, un autre front se joue à des milliers de kilomètres de Téhéran : les quartiers les plus chers de Londres et de Paris. Derrière des façades impeccables, des enquêtes relient un vaste réseau d’immeubles et d’hôtels européens au nouvel homme fort du régime.
Depuis le 8 mars 2026, Mojtaba Khamenei est devenu le troisième guide suprême iranien, après la mort de son père Ali Khamenei, tué le 28 février dans une frappe israélo-américaine. Dans le même temps, remontent à la surface des années d’achats discrets : appartements parisiens, manoirs londoniens, resorts de luxe, comptes bancaires helvétiques. Un patrimoine bâti loin des sirènes d’alerte.
Qui est Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême en guerre ?
À 56 ans, Mojtaba Khamenei a été choisi par l’Assemblée des experts pour succéder à son père alors que l’Iran est plongé dans une confrontation directe avec Israël et les forces américaines. Proche des Gardiens de la révolution islamique, il était déjà considéré comme l’un des stratèges de l’appareil sécuritaire, habitué aux jeux d’influence et aux circuits parallèles de financement.
Sous sanctions internationales depuis des années, l’Iran a vu ses dirigeants chercher des refuges pour leurs avoirs hors du pays. Les montages qui entourent l’argent du pétrole, les fondations religieuses et les entreprises liées aux Gardiens ont nourri un système où le pouvoir politique se mêle directement à la fortune personnelle, souvent logée dans la pierre européenne.
Un patrimoine immobilier tentaculaire, de Londres à Paris
Au cœur de ce réseau, *Londres* occupe une place centrale. Sur Bishops Avenue, la fameuse "Billionaires’ Row", un ensemble d’au moins 11 maisons acheté en 2013 atteint aujourd’hui près de 100 millions de livres sterling, soit environ 117 millions d’euros. À Kensington, deux appartements de très grand luxe, acquis pour 16 et 19 millions de livres (environ 19 et 22 millions d’euros), portent la valeur totale des biens londoniens identifiés à plus de 130 millions de dollars, autour de 121 millions d’euros. Deux unités offrant une vue directe sur l’ambassade d’Israël ont même été décrites comme un "poste de surveillance permanent", a résumé un expert en sécurité interrogé par Ynet.
À *Paris, des appartements de prestige dans les beaux quartiers sont rattachés à l’entourage de Mojtaba Khamenei via le financier **Ali Ansari*, parfois surnommé le "banquier de Téhéran". S’y ajoutent des hôtels et resorts de luxe estimés à plusieurs centaines de millions d’euros, parmi lesquels :
le Hilton Frankfurt Gravenbruch, près de Francfort
un golf resort à Majorque, en Espagne
un hôtel de ski à Kitzbühel, en Autriche
L’ensemble forme un portefeuille mondial évalué autour de 400 millions d’euros pour les actifs documentés, sans compter une villa dans un quartier ultra-aisé de Dubaï et des propriétés au Canada.
Comptes en Suisse et sociétés écrans : comment l’empire de Mojtaba Khamenei échappe aux sanctions
Rien ou presque n’apparaît au nom de Mojtaba Khamenei dans les registres fonciers. Les investigations décrivent un enchevêtrement de sociétés écrans installées au Royaume-Uni, au Luxembourg, en Autriche, en Espagne ou encore à Saint-Kitts-et-Nevis, avec des holdings comme Birch Ventures au sommet. Les flux passent par des banques britanniques, mais aussi par des comptes en Suisse et au Liechtenstein, alimentés en partie par des revenus pétroliers iraniens discrètement recyclés dans l’immobilier.
Pivot de ce système, Ali Ansari dispose d’un passeport chypriote et d’intérêts dans l’immobilier, la construction et l’hôtellerie. Londres a gelé ses avoirs le 30 octobre 2025, en l’accusant de soutenir financièrement les Gardiens de la révolution. L’homme d’affaires conteste tout lien financier ou personnel avec Mojtaba Khamenei, via son avocat. Pour les autorités européennes, la difficulté reste de démontrer juridiquement que ces biens appartiennent bien, en dernier ressort, au nouveau guide suprême, afin de pouvoir les geler ou les saisir.
Sources : pleine vie