jeudi 16, avril 2026

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Insécurité au Guéra : quand l’État abandonne ses citoyens aux coupeurs de route

Le 12 mars 2026, la route reliant le marché de Biyed au village de Djari, dans la sous-préfecture de Niergui, province du Guéra, s’est une nouvelle fois transformée en scène de violence et d’abandon. Trois jeunes qui rentraient paisiblement du marché à bord d’un tricycle ont été sauvagement attaqués par cinq coupeurs de route armés.

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Les assaillants n’ont pas hésité à ouvrir le feu. Les trois victimes ont été grièvement blessées avant d’être évacuées d’urgence vers l’hôpital provincial de Mongo. L’un d’eux, dans un état critique, a dû être transféré à N’Djamena pour subir une intervention chirurgicale. Comme si cela ne suffisait pas, les criminels ont emporté une importante somme d’argent avant de disparaître dans la nature, en direction de Kossok.

Derrière ce fait divers dramatique se cache une réalité beaucoup plus grave : l’effondrement progressif de la sécurité dans plusieurs régions du pays. Sur de nombreuses routes rurales, les coupeurs de route agissent aujourd’hui avec une audace inquiétante, comme s’ils étaient les véritables maîtres du territoire.

La question est simple : où est l’État lorsque les citoyens se font tirer dessus pour avoir simplement tenté de rentrer chez eux après une journée de marché ?

Depuis plusieurs années, les populations des provinces tirent la sonnette d’alarme. Les commerçants, les cultivateurs et les voyageurs vivent dans la peur permanente. Se rendre au marché, activité pourtant essentielle à la survie des familles, devient une prise de risque. On part le matin sans être certain de rentrer sain et sauf le soir.

Pendant ce temps, à des centaines de kilomètres de ces routes ensanglantées, le pouvoir multiplie les discours, les cérémonies officielles et les annonces politiques. Mais sur le terrain, la réalité reste implacable : l’insécurité gagne du terrain et les citoyens ordinaires en paient le prix.

L’attaque de Djari n’est pas un simple incident isolé. Elle est le symptôme d’un mal plus profond : l’abandon progressif des zones rurales face à des groupes criminels de plus en plus organisés.

Les autorités annoncent souvent des recherches et des poursuites après chaque drame. Mais les populations attendent autre chose que des promesses répétées. Elles réclament une présence sécuritaire réelle sur les routes, des patrouilles régulières et une stratégie claire pour démanteler ces réseaux de bandits qui terrorisent les campagnes.

Car un État qui ne protège pas ses routes finit par perdre la confiance de ceux qu’il est censé protéger.

Aujourd’hui, les habitants du Guéra, comme tant d’autres Tchadiens, ne demandent pas des discours. Ils demandent simplement de pouvoir voyager, travailler et rentrer chez eux sans craindre les balles des coupeurs de route.