mercredi 10, juin 2026

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LA CHUTE D'IDRISS DEBY: ENTRE 5 ANS DE BILAN D'UN HÉROS PERDU OU LA DISPARITION D'UN HÉRAUT MALÉFIQUE TCHADIEN ?

La disparition d'Idriss Déby Itno le 19 avril 2021, officiellement annoncée après un combat fratricide avec le Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad, reste un tournant majeur dans l’histoire politique récente du Tchad. Mais, plus de cinq ans après, cet événement est entouré d’ambiguïtés politiques, mémorielles et judiciaires.

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D’un point de vue politique, l’après-Déby s’est caractérisé par une continuité politique sous l'égide de MPS plutôt qu’une rupture de la mauvaise gouvernance des décennies. L’accession au pouvoir de son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, à la tête du Conseil militaire de transition d'époque, a été perçue par une grande partie de l’opinion tchadienne comme une succession dynastique, en contradiction avec l’ordre constitutionnel. Cette transition, devenue aujourd’hui la 5e République, s’appuie largement sur les anciens réseaux mafieux du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), ce qui renforce l’idée d’un système politique peu renouvelé.

Sur le plan symbolique, Idriss Déby Itno demeure une figure clivante. Pour ses partisans, il incarne la stabilité, la puissance militaire et l’unité nationale dans un contexte sahélien instable. Pour ses détracteurs, il reste associé à un régime autoritaire marqué par la répression, la personnalisation du pouvoir et l’absence d’alternance démocratique. Cette dualité explique en partie le malaise autour d'une mémoire prétendue héroïque.

Cependant, le point le plus sensible reste l’opacité entourant les circonstances exactes de sa mort. L’absence d’une enquête indépendante, crédible et transparente alimente les spéculations et fragilise la construction d’un récit national apaisé. Dans un État de droit, la mort d’un chef d’État en exercice (même un dictateur), surtout dans un contexte militaire, aurait dû donner lieu à des investigations rigoureuses, ne serait-ce que pour des raisons de légitimité institutionnelle, d'impunité juridique et de mémoire historique.

Le relatif silence actuel du MPS et des autorités sur cette question peut s’expliquer par plusieurs facteurs :

 

- éviter d’ouvrir des fractures internes au sein du régime ;

 

- préserver une version officielle qui légitime la transition en place ;

 

- empêcher que la question ne devienne un levier politique pour l’opposition.

 

En réalité, l’effacement progressif de la figure d'Idriss Déby Itno dans le débat public et la chasse aux sorcières de ses progénitures par l'actuel régime traduit une recomposition du pouvoir, où l’héritage est revendiqué politiquement, mais rarement interrogé historiquement pour la manifestation de la vérité et réconciliation familiale y compris nationale.

Ainsi, la question demeure entière incomprise : peut-on ériger un homme en héros national tout en laissant planer le doute sur les conditions de sa disparition sans clarifier l'opinion publique ? Tant que cette zone d’ombre persistera, la mort de Déby restera non seulement un épisode clano-militaire, mais aussi un dossier politico-judiciaire inachevé, révélateur des limites structurelles de la gouvernance et de l'inaction de la justice tchadienne prise d'ailleurs en otage par les mêmes tenants du régime trentainaire.

 

Gabnon Fatcham Evariste

Journaliste et Analyste politique.