mardi 28, juillet 2026

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LA PAIX N'EST PAS LA CAPITULATION

La paix est souvent invoquée comme une valeur suprême. Elle est présentée comme l'horizon naturel de toute société civilisée, le remède aux fractures et aux violences qui déchirent les peuples.

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En théorie, rien n'est plus juste. La paix se définit en effet comme une situation où les individus et les communautés vivent sans conflits armés, sans agressions et sans violences.

 

Mais une dangereuse manipulation s'est progressivement installée dans certains discours. Sous couvert d'appels à la paix, on exige parfois des victimes qu'elles acceptent leur sort dans un silence résigné. On leur demande de rester immobiles pendant que leurs bourreaux avancent. On leur recommande la retenue alors que leurs villages brûlent. On leur prêche le pardon alors que les machettes continuent de s'abattre sur les innocents.

 

Cette conception de la paix n'est pas seulement fausse ; elle est moralement indéfendable.

 

Faire croire à une population agressée que la paix consiste à croiser les bras, à baisser les yeux et à assister passivement à l'incendie de ses maisons, au massacre de ses enfants et à la destruction de ses moyens de subsistance relève d'une imposture intellectuelle. Ce n'est plus de la paix. C'est une injonction à la soumission.

 

La paix véritable ne peut être un devoir imposé à une seule partie. Elle ne peut exiger des victimes des sacrifices que les agresseurs refusent eux-mêmes de consentir. Elle ne peut être un contrat dont les obligations pèsent exclusivement sur ceux qui souffrent pendant que ceux qui violent, pillent et tuent continuent d'agir en toute impunité.

 

Une paix à sens unique n'est pas une paix. C'est une reddition.

 

Les sociétés ne se construisent pas sur l'injustice institutionnalisée. Elles ne se consolident pas sur la complaisance envers les violents et la sévérité envers les opprimés. L'histoire enseigne au contraire que l'impunité nourrit la récidive, que la faiblesse encourage les prédateurs et que les concessions unilatérales ouvrent souvent la voie à de nouvelles tragédies.

 

Si la paix doit exister, elle doit engager tout le monde. Elle impose des devoirs aux agresseurs autant qu'aux agressés. Elle exige l'arrêt des violences, la réparation des préjudices, la justice pour les victimes et la responsabilité pour les coupables.

 

Le véritable ennemi de la paix n'est pas toujours celui qui se défend. Le véritable ennemi de la paix est souvent celui qui banalise l'agression, excuse les criminels, relativise les massacres et demande aux victimes d'endurer davantage au nom d'une prétendue stabilité.

 

Il ne peut y avoir de paix durable lorsque la complaisance protège les uns tandis que la fermeté s'abat sur les autres. Il ne peut y avoir de réconciliation authentique lorsque la justice est sélective. Il ne peut y avoir de coexistence harmonieuse lorsque le droit du plus fort remplace la force du droit.

 

La paix est une œuvre collective. Si chacun doit la construire, chacun doit également en assumer les exigences. Autrement, le mot « paix » cesse d'être une promesse de justice pour devenir l'alibi commode de toutes les lâchetés.