mercredi 10, juin 2026
Frankfurt am Main : 12,2°C - Vent 5,9
Alors que plusieurs pays africains renforcent officiellement leurs capacités militaires face aux menaces sécuritaires, le Tchad brille par son absence dans le dernier classement du SIPRI sur les importations d’armes en Afrique subsaharienne. Une omission qui intrigue, tant le pays est régulièrement cité parmi les États les plus militarisés de la région et impliqués dans des conflits internes ou transfrontaliers.
Le Burkina Faso, confronté à une guerre djihadiste meurtrière et à des déplacements massifs de populations dans le nord du pays, a officiellement investi 127,64 millions de valeurs d’indicateurs (TIV) dans l’acquisition d’équipements militaires. Bombes, missiles, blindés, drones Bayraktar TB-2, hélicoptères de combat et lance-roquettes multiples figurent dans l’arsenal acheté auprès de fournisseurs comme la Chine, la Turquie, les Émirats arabes unis ou encore les États-Unis.
La Côte d’Ivoire, pourtant relativement stable sur le plan sécuritaire, apparaît également dans ce classement avec 120,33 millions de TIV investis pour sécuriser ses frontières nord exposées à la menace djihadiste. Hélicoptères Mi-24V, blindés Cobra-2 et Puma M-36, véhicules d’appui-feu et patrouilleurs maritimes témoignent d’une politique d’armement assumée et traçable.
Le Rwanda, de son côté, a renforcé sa défense aérienne avec des achats estimés à 118,73 millions de TIV, notamment en hélicoptères de combat, missiles sol-air et véhicules blindés.
Derrière ces États figurent encore le Soudan, en pleine guerre civile, la RDC et le Niger, tous recensés dans les bases de données internationales du SIPRI.
Mais le cas du Tchad demontre une autre réalité, plus trouble. Car malgré la multiplication des colonnes armées, la circulation d’armes lourdes dans plusieurs provinces et les fréquentes démonstrations de puissance militaire du régime, le pays ne figure nulle part parmi les grands importateurs officiels d’armes.
Cette absence nourrit de nombreuses interrogations sur les circuits réels d’approvisionnement militaire du pouvoir tchadien. Dans les milieux sécuritaires et diplomatiques, plusieurs observateurs évoquent depuis des années des acquisitions opérées hors des circuits transparents classiques : achats indirects, transactions opaques, réseaux parallèles, surfacturations, trafics transfrontaliers ou encore approvisionnements facilités par des intermédiaires proches du sérail.
Au Tchad, les armes semblent souvent circuler plus vite que les comptes publics. Pendant que certains États assument officiellement leurs dépenses militaires, N’Djamena cultive une opacité devenue presque doctrine d’État. Une chienlit sécuritaire où les kalachnikovs surgissent parfois des soutes obscures avant même que les citoyens ne sachent qui les a payées, ni à quel prix.
Le paradoxe tchadien apparaît alors avec brutalité : un pays omniprésent sur les théâtres militaires du Sahel, mais absent des registres officiels des grandes acquisitions d’armes. Comme si les canons poussaient spontanément dans le désert ou tombaient du ciel au gré des alliances occultes.
Pendant ce temps, les grandes puissances dominent toujours le marché africain de l’armement. Les États-Unis représentent 19 % des exportations vers l’Afrique, devant la Chine (17 %), la Russie (15 %) et la France (8,3 %). La Turquie poursuit également sa percée sur le continent, notamment au Sahel.
Reste une question fondamentale : combien d’armes entrent réellement au Tchad en dehors des radars internationaux ? Et surtout, au profit de qui ?