jeudi 16, avril 2026
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Dans les rues poussiéreuses de N'Djamena, la réalité quotidienne tranche brutalement avec les discours officiels. Les quartiers populaires croulent sous la cherté de la vie, les services publics agonisent, l’électricité se fait capricieuse et l’eau potable demeure un privilège intermittent. Le citoyen tchadien, lui, survit tant bien que mal. Non, le Tchad n’est pas Byzance.
Et pourtant, pour certains, ce pays semble être une terre d’abondance inépuisable. Le Tchad n’est pas Byzance pour son peuple, mais il ressemble furieusement au Pérou pour un cercle bien identifié : le clan qui gravite autour du nom de Idriss Déby Itno et de son héritage politique.
L’expression « c’est le Pérou » évoque historiquement les richesses fabuleuses que les conquistadors pensaient trouver dans le Pérou au XVIᵉ siècle. Au Tchad, cette métaphore prend aujourd’hui un goût amer. Car pendant que la majorité lutte pour subsister, une minorité bien installée semble disposer de l’État comme d’un coffre personnel.
Marchés publics opaques, nominations familiales, privilèges administratifs, accaparement des ressources : les accusations d’un système verrouillé reviennent avec une régularité troublante dans le débat public. La République, censée être le patrimoine commun, apparaît parfois comme une propriété privée soigneusement gardée.
Le contraste est brutal. D’un côté, une population qui peine à joindre les deux bouts. De l’autre, des fortunes qui prospèrent à l’ombre de l’appareil d’État. Cette fracture nourrit une colère sourde et un sentiment d’injustice qui, à force d’être ignorés, deviennent un combustible dangereux pour l’avenir du pays.
Car une nation ne peut durablement survivre lorsque la pauvreté est partagée par le plus grand nombre tandis que la richesse semble réservée à quelques lignées politiques.
Le Tchad ne demande pas d’être Byzance. Les citoyens n’exigent ni palais impériaux ni fastes inutiles. Ils réclament simplement un État juste, où les ressources nationales servent le bien commun plutôt que les intérêts d’un clan.
À défaut, la formule risque de continuer à circuler dans les conversations populaires, comme un verdict sans appel : le Tchad n’est pas Byzance… mais il reste, pour certains, un Pérou.