mardi 27, octobre 2026

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Niger : Moussa Kaka, quatre décennies de journalisme et toujours porté disparu

Depuis le 31 août 2026, le journaliste nigérien Moussa Kaka reste introuvable. Parti de son bureau à Niamey pour regagner son domicile, le directeur de Radio Télévision Saraounia n’est jamais arrivé à destination. Dans un pays où l’espace médiatique s’est considérablement resserré depuis le coup d’État de 2023, Reporters sans frontières réclame l’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances de sa disparition.

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Le silence qui entoure la disparition de Moussa Kaka inquiète le monde de la presse nigérienne. Le journaliste, âgé de plus de 66 ans et fort de près de quatre décennies de métier, n’a plus donné signe de vie depuis le 31 août dernier. Ce jour-là, vers 19 heures, il a quitté son bureau de Niamey pour rentrer chez lui. Il n’y est jamais parvenu.

 

Selon Reporters sans frontières (RSF), ni sa famille ni ses collaborateurs n’ont depuis réussi à le joindre. Son véhicule serait également introuvable. L’organisation appelle les autorités nigériennes à ouvrir une enquête afin de retrouver le journaliste et d’établir les circonstances de sa disparition.

 

Un journaliste au cœur de l’histoire récente du Niger

 

Moussa Kaka appartient à cette génération de journalistes qui ont sillonné le Niger bien avant que le téléphone mobile et les réseaux sociaux ne transforment le métier. Il a commencé sa carrière à la radio nationale avant de fonder, en 1999, Radio Saraounia. Douze ans plus tard, l’entreprise s’est élargie avec la création d’une chaîne de télévision.

 

À la tête de Radio Télévision Saraounia, il dirigeait un groupe de presse employant plusieurs dizaines de personnes et disposant d’antennes dans différentes régions du pays, notamment à Tahoua, Maradi et Madaoua.

 

Sur le terrain, Moussa Kaka s’est forgé une réputation de journaliste proche de l’actualité. Conflits armés, vie politique, société civile, mouvements armés ou questions de sécurité : il a couvert pendant plusieurs décennies les soubresauts d’un Niger régulièrement confronté aux crises politiques et sécuritaires.

 

Ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), il a également travaillé avec RSF et documenté des atteintes à la liberté de la presse. Son carnet d’adresses, construit au fil des années, lui permettait d’échanger avec des responsables politiques, des militaires, des acteurs de la société civile mais aussi avec des populations vivant dans les zones les plus reculées.

 

Une longue histoire avec les autorités

 

La disparition actuelle intervient après plusieurs épisodes de pression contre le journaliste.

 

Entre septembre 2007 et octobre 2008, Moussa Kaka avait passé 384 jours en détention dans une affaire où il était accusé d’un « acte de nature à nuire à la défense nationale ». Une période qui avait marqué durablement sa carrière et illustré les risques auxquels étaient déjà confrontés certains journalistes nigériens.

 

Plus récemment, en octobre 2025, il avait été interpellé avec d’autres journalistes après l’annonce, sur les réseaux sociaux, d’une conférence de presse consacrée au Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie. Ils avaient été poursuivis pour « complicité de diffusion de document de nature à troubler l’ordre public », en vertu de la législation sur la cybercriminalité.

 

Ces épisodes n’avaient toutefois pas empêché Moussa Kaka de poursuivre son activité journalistique.

 

Une disparition dans un climat sous tension

 

Le contexte dans lequel il a disparu renforce les interrogations. Quelques jours seulement avant sa disparition, le Niger avait été secoué par une tentative avortée de coup d’État, le 29 août 2026, visant notamment le palais présidentiel et des sites militaires.

 

À ce stade, aucun élément public ne permet cependant d’établir un lien entre cette tentative de putsch et la disparition du journaliste. Cette distinction est essentielle : l’absence d’explication officielle ne saurait, à elle seule, tenir lieu de preuve.

 

Pour RSF, l’urgence est désormais de retrouver Moussa Kaka et de déterminer ce qui lui est arrivé.

 

« Cette disparition, depuis près d’un mois, envoie des signaux inquiétants aux acteurs de la presse du pays », estime Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. L’organisation appelle à la mobilisation des autorités afin que le journaliste puisse retrouver sa famille et ses collègues.

 

Le Niger, 120e au classement mondial de la liberté de la presse

 

La disparition de Moussa Kaka intervient alors que la liberté de la presse connaît un net recul au Niger. Dans son Classement mondial 2026, RSF place le pays au 120e rang sur 180, soit une chute de 37 places en un an, la plus importante enregistrée cette année.

 

RSF estime que les attaques de groupes armés et les restrictions imposées par les autorités militaires ont contribué à réduire l’espace disponible pour une information pluraliste. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les journalistes locaux et internationaux ont été confrontés à davantage de pressions, d’arrestations et de restrictions.

 

Dans ce paysage médiatique sous tension, le silence autour de Moussa Kaka devient donc une affaire qui dépasse le seul destin d’un journaliste. Il concerne aussi le droit du public nigérien à savoir ce qui est arrivé à l’un de ceux qui, pendant près de quarante ans, ont consacré leur métier à raconter son pays.

 

Pour l’heure, une question demeure sans réponse : où est Moussa Kaka ?