jeudi 16, avril 2026
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Annoncé avec fracas et attendu depuis plusieurs semaines, le réaménagement du gouvernement conduit par Allah Maye Halina ressemble moins à une réforme qu’à une simple redistribution de fauteuils. Derrière l’apparence d’un changement, le vieux mécanisme du pouvoir tchadien se reproduit avec une constance presque insolente : permutation de postes, promotion des fidèles et éviction de certains ministres jugés trop indépendants.
Dans ce remaniement, quelques figures changent de portefeuille sans que la logique de gouvernance ne soit réellement modifiée. Ainsi, Alice Naimbaye quitte le ministère du Pétrole pour rejoindre la Justice, tandis que Limane Mahamat abandonne l’Aménagement du territoire pour être propulsé vice-Premier ministre. Un simple jeu de chaises musicales qui ne dit rien des priorités nationales.
Plus révélateur encore est le ballet des récompenses politiques. Maina Abel Ibagolo, ancien conseiller du Premier ministre, est nommé secrétaire d’État aux Télécommunications, à l’Économie numérique et à la Digitalisation. Abakar Nair, ancien vice du comité de gestion du football mis en place après la crise qui avait secoué la Fédération tchadienne de football association, se retrouve propulsé ministre de la Jeunesse et des Sports.
Mais la palme du symbole revient à Yombatina Sittack, ex-cadre du parti Les Transformateurs, désormais récompensé après avoir tourné le dos à sa formation politique. Une promotion qui illustre crûment la logique dominante : la loyauté envers le système prime sur toute autre considération.
Le gouvernement accueille également de nouveaux visages : Khadidja Adoum Attimer, Allahdoum Nandongar Désiré ou encore Fatimé Haram Acyl, sœur de l’ancienne première dame Hinda Déby Itno. Là encore, la logique familiale et relationnelle semble peser plus lourd que la compétence ou le bilan.
Pendant ce temps, certains ministres réputés pour leur travail discret mais réel disparaissent du gouvernement. Des figures comme Youssouf Tom ou Boukar Michel quittent la scène ministérielle sans explication convaincante.
Au final, ce remaniement donne l’impression d’un pouvoir qui tourne sur lui-même. Au lieu d’ouvrir une nouvelle page, il recycle les mêmes réseaux, les mêmes fidélités et les mêmes méthodes. Dans un pays confronté à des défis économiques, sécuritaires et sociaux considérables, ce type d’opération politique ressemble moins à une réforme qu’à une démonstration de continuité : celle d’un système où les postes se transmettent entre proches, tandis que l’intérêt public demeure, une fois de plus, relégué au second plan.