jeudi 11, juin 2026
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Le sang a de nouveau coulé à Iriba. Et, comme trop souvent au Tchad, ce sang n’est pas seulement celui de victimes : il est le symptôme d’un système qui prospère sur la division.
Depuis hier, des affrontements d’une violence inouïe opposent les communautés Zaghawa et Tama. À l’origine, un fait d’une gravité insoutenable : une mineure zaghawa aurait résisté à une tentative de viol. Alerté par ses cris, un ancien intervient. Il est abattu sur place. Le coup de feu fait l’effet d’une détonation politique autant que sociale. En quelques minutes, la rumeur enfle, se déforme, s’embrase.
Un jeune Zaghawa, pris de panique ou de colère, alerte les siens à l’extérieur du village : « les Tama massacrent ». La mécanique infernale est enclenchée. La vengeance remplace la vérité, et la haine, la justice. Les représailles s’organisent, brutales, aveugles. Des Tama sont à leur tour pris pour cibles. Le cycle classique, tragiquement rodé, se répète : accusation, peur, riposte, carnage.
Mais derrière cette flambée de violence communautaire se dessine une ombre plus inquiétante encore : celle du pouvoir.
Selon des sources locales jugées crédibles, le régime de Mahamat Idriss Déby, serait loin d’être étranger à cette escalade. Plus grave : il en serait l’architecte silencieux. Des éléments Tama auraient été recrutés pour soutenir les forces soudanaises, avant de retourner leurs armes contre les Zaghawa dans un contexte régional déjà explosif.
Si ces accusations se confirment, il ne s’agirait plus d’un simple conflit intercommunautaire, mais d’une stratégie cynique de fragmentation nationale. Diviser pour régner : une vieille recette que le pouvoir tchadien semble appliquer avec une constance implacable.
Car pendant que les communautés s’entretuent, le régime respire. Pendant que les villages brûlent, les responsabilités s’évaporent. Pendant que les citoyens s’accusent mutuellement, le sommet de l’État échappe à toute reddition de comptes.
Ce qui se joue à Iriba dépasse largement un différend local. C’est la mise en scène d’un chaos utile. Un chaos qui détourne l’attention, affaiblit les solidarités et neutralise toute contestation politique structurée.
À ce rythme, la question n’est plus de savoir quelle communauté sera la prochaine cible, mais combien de temps encore le peuple tchadien acceptera d’être instrumentalisé dans ces guerres qui ne servent que les intérêts d’un pouvoir accroché à sa survie.
Le Tchad ne manque ni de ressources humaines, ni de mémoire. Mais il semble condamné à répéter les mêmes tragédies, tant que les responsabilités resteront impunies et les manipulations politiques tolérées.
Iriba brûle. Et dans ses flammes, c’est une vérité dérangeante qui se dessine : au Tchad, les conflits naissent rarement seuls. Ils sont souvent provoqués, entretenus… et exploités.