jeudi 16, avril 2026
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QUAND L’INSTITUTION DES DROITS HUMAINS MALMÈNE SES PROPRES AGENTS
Le climat devient de plus en plus suffocant au sein de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). L’institution censée incarner la défense des libertés fondamentales semble aujourd’hui s’illustrer par une pratique pour le moins troublante : la suspension administrative comme méthode de gestion.
Depuis plusieurs mois, son président, Bélanger Larmée Laguerre Jacques Valéry, enchaîne les décisions qui alimentent les tensions internes. Plus de trente-cinq agents avaient déjà été suspendus dans des conditions dénoncées comme arbitraires. Une décision qui s’est récemment fracassée contre la réalité judiciaire : les agents concernés ont obtenu gain de cause devant le tribunal du travail, rappelant que même les institutions chargées de défendre les droits humains ne sont pas au-dessus du droit.
Mais l’épisode actuel pousse la controverse un cran plus loin.
Le 10 mars 2026, le chef de protocole du président de la CNDH, Alex Bismarck Guilking, a été suspendu pour « manquement professionnel très grave ». La décision porte la signature du secrétaire général de l’institution, Mahamat Hassan Brêmé.
Une décision qui soulève aussitôt une question fondamentale : celle de la compétence administrative. Dans l’organisation interne de la CNDH, le chef de protocole relève directement du cabinet du président. Dès lors, la suspension prononcée par le secrétaire général interroge sérieusement la régularité de la procédure. Plusieurs observateurs évoquent déjà un possible vice juridique.
Dans toute administration digne de ce nom, la hiérarchie n’est pas un simple décor bureaucratique. Elle constitue l’ossature même de la légalité administrative.
En toile de fond, certains décrivent un climat interne de plus en plus délétère. Témoignages concordants, tensions persistantes, méfiance généralisée : au sein de la CNDH, l’atmosphère semble avoir viré à la suspicion permanente.
Le dernier épisode illustre ce malaise. Au début du mois de mars, lors d’un déplacement à Genève, le président aurait refusé de communiquer les détails de son voyage à son propre chef de protocole. Un message envoyé par ce dernier serait resté sans réponse. Une situation pour le moins déroutante quand on sait que la mission première d’un protocole consiste précisément à organiser les déplacements officiels et à gérer les aspects diplomatiques.
L’ironie de l’histoire est d’autant plus frappante que le parcours d’Alex Bismarck Guilking parle pour lui. Ancien cadre du ministère des Affaires étrangères, formé aux subtilités de la diplomatie, il avait été personnellement sollicité par le président de la CNDH pour rejoindre son équipe.
Aujourd’hui, celui qui avait été appelé comme collaborateur de confiance se retrouve brusquement suspendu pour faute grave.
Dans les couloirs de l’institution, certains y voient le symptôme d’une mécanique bien connue : recruter dans l’enthousiasme, gouverner dans la méfiance et sanctionner dans la précipitation.
Pendant ce temps, la CNDH, censée être la sentinelle des droits humains au Tchad, voit sa crédibilité se fissurer sous le poids de ses propres contradictions. Car une institution chargée de défendre les droits des citoyens devrait, en toute logique, être exemplaire dans le respect des droits de ses propres agents.
Sinon, l’ironie devient cruelle : comment protéger les libertés publiques lorsque, en interne, les principes fondamentaux du droit administratif semblent vaciller ?