jeudi 16, avril 2026

Frankfurt am Main : 19,4°C - Vent 7,6

Tchad : accusation d’enlèvement familial, quand la loyauté au régime piétine le sang

Un nouveau scandale secoue la capitale tchadienne. Selon une plainte déposée le 10 avril 2026 auprès du procureur près le Tribunal de grande instance de N'Djamena, un responsable municipal est accusé d’avoir fait enlever son propre demi-frère dans une affaire qui mêle querelle familiale, intimidation politique et soupçons de séquestration.

La plaignante, Fatime Nora Bokhit, affirme que son mari, Ismaël Ibrahim Siam, directeur administratif et financier de l’ITRAD, a disparu depuis le 5 avril 2026 dans des circonstances troublantes. Ce jour-là, vers 13 heures, alors qu’elle se trouvait en prière, son époux lui aurait téléphoné pour lui annoncer qu’il avait été convoqué par son frère, Mahamat Ibrahim Siam, présenté comme maire adjoint de la capitale. Le rendez-vous aurait été fixé dans un jardin situé à la sortie nord de N'Djamena, après la localité de Djarmaya.

Depuis cet appel, silence total. Ni retour à domicile, ni présence au travail, et un téléphone devenu muet. Les recherches menées auprès des proches, collègues et amis sont restées vaines. La situation devient d’autant plus inquiétante que, selon la plainte, le frère mis en cause aurait simplement assuré à la famille que la victime se trouvait « en lieu sûr », sans fournir la moindre précision.

Pour la plaignante, il ne fait guère de doute que son mari a été victime d’un enlèvement suivi de séquestration, avec un risque sérieux pour sa vie. La plainte évoque même une tentative de meurtre.

Derrière cette affaire à l’odeur de règlement de comptes, une dimension politique apparaît. Selon plusieurs sources, la victime aurait récemment critiqué le régime et dénoncé le soutien apporté aux Forces de soutien rapide (FSR) dans les tensions régionales. Dans un pays où la parole libre peut rapidement se transformer en condamnation officieuse, la frontière entre conflit familial et sanction politique semble dangereusement mince.

L’affaire, désormais entre les mains de la justice, pose une question brutale : peut-on encore disparaître au Tchad pour avoir parlé trop fort, même face à son propre frère ?

Si ces accusations se confirment, le scandale serait retentissant. Non seulement parce qu’il impliquerait un responsable municipal, mais surtout parce qu’il illustrerait une dérive inquiétante : l’usage du pouvoir administratif comme instrument d’intimidation privée.

En attendant que la justice se prononce, une famille vit dans l’angoisse, et une ville entière observe, médusée, ce drame où l’autorité publique semble se transformer en arme de clan.

Au Tchad, certains conflits politiques ne se règlent plus seulement dans les urnes ou les tribunes. Ils semblent désormais se jouer dans l’ombre des jardins, là où les disparitions remplacent les débats.