jeudi 16, avril 2026

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Tchad : Ali Kolotou Tchaïmi, le justicier sélectif de l’Assemblée nationale ?

Une nouvelle polémique secoue les sphères du pouvoir à N’Djamena. Le président de l’Assemblée nationale, Ali Kolotou Tchaïmi, s’est récemment illustré par une charge particulièrement virulente contre le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Kanabé Passalet.

Au cœur de la controverse : l’absence du ministre lors d’une séance parlementaire, alors qu’il effectuait une mission officielle. Un motif qui, aux yeux de nombreux observateurs, paraît bien mince pour justifier la virulence du ton employé par le chef du pouvoir législatif.

Une interpellation qui intrigue

Pourquoi une telle sortie contre un ministre engagé dans une mission officielle de l’État ? La question traverse aujourd’hui les cercles politiques et les conversations citoyennes.

Plusieurs analystes estiment que cette interpellation apparaît pour le moins ciblée. En effet, la question du contrôle des ressources financières des ministères demeure un sujet bien plus complexe qu’une simple convocation à la tribune parlementaire.

Dans le système de gestion budgétaire tchadien, la centralisation des fonds publics reste largement sous l’autorité du ministère des Finances, dirigé par Tahir Nguilin. C’est ce département qui orchestre la répartition effective des ressources entre les différentes administrations.

Dans ces conditions, certains observateurs s’interrogent : comment demander à un ministre de rendre compte de fonds dont la gestion effective échappe en grande partie à son contrôle direct ?

Une communication jugée brutale

Au-delà du fond, c’est surtout la forme qui choque. Plusieurs voix dénoncent une communication jugée désobligeante et peu conforme aux exigences de courtoisie institutionnelle.

Le président de l’Assemblée nationale est pourtant censé incarner l’équilibre et la dignité du débat républicain. Or, selon certains observateurs, la virulence des propos tenus à l’encontre du ministre de l’Eau et de l’Énergie tranche avec l’esprit de dialogue qui devrait prévaloir entre institutions.

Cette attitude soulève également une interrogation politique plus large : s’agit-il réellement d’un exercice normal du contrôle parlementaire, ou d’une démonstration de fermeté sélective ?

L’ombre de l’exemplarité

Dans les couloirs du pouvoir comme dans l’opinion publique, une autre question revient avec insistance : celle de l’exemplarité.

Avant de se poser en procureur des membres du gouvernement, certains estiment que le président de l’Assemblée nationale devrait lui-même apporter des clarifications sur plusieurs dossiers restés sans réponses claires.

Des interrogations persistent notamment autour de la gestion de certaines ressources institutionnelles héritées de la période du Conseil national de transition. La question des véhicules commandés pour cette institution ainsi que celle des fonds de département alloués aux conseillers continuent d’alimenter les débats.

Pour nombre de citoyens, ces zones d’ombre mériteraient elles aussi des explications publiques.

Une indignation tardive ?

Enfin, certains observateurs relèvent ce qu’ils considèrent comme une contradiction politique. Voir aujourd’hui le président de l’Assemblée nationale se présenter en défenseur soudain des intérêts de la population surprend une partie de l’opinion.

Car l’actuel dispositif de gouvernance, souvent critiqué pour sa gestion contestée des ressources publiques, est précisément celui auquel participent plusieurs responsables politiques aujourd’hui prompts à dénoncer les dysfonctionnements.

Dans ce contexte, une idée s’impose dans les débats publics : la crédibilité du contrôle parlementaire repose d’abord sur la cohérence et l’exemplarité de ceux qui l’exercent.

Avant de jouer au justicier, disent certains observateurs avec une ironie mordante, encore faudrait-il commencer par répondre aux questions qui fâchent.