jeudi 16, avril 2026

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Tchad : Arrestation des responsables de l’AVCRP — l’Observatoire des Droits et Libertés dénonce une justice à géométrie variable

À N’Djamena, une nouvelle affaire vient assombrir davantage l’état déjà fragile des libertés publiques. L’arrestation de trois responsables de l’Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques (AVCRP) suscite une vive indignation au sein de la société civile. L’alerte est lancée par Observatoire des Droits et Libertés au Tchad (ODL), qui dénonce sans détour une gestion judiciaire marquée par un inquiétant « deux poids, deux mesures ».

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Selon le communiqué publié le 15 avril 2026, les services des renseignements généraux ont procédé, le 10 avril, à l’interpellation de trois responsables de Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques (AVCRP).

Il s’agit de :

Maibé Komadje Gabin, président de l’association ;

Tahir Hassan Atom, trésorier ;

Mahamat Tahir Adirdir, chargé de communication.


Les deux premiers sont soupçonnés de mauvaise gestion de fonds destinés à l’indemnisation des victimes des crimes et répressions politiques perpétrés sous le régime de Hissène Habré. Une accusation grave, certes, mais dont les contours demeurent pour l’instant flous. 

L’ombre troublante du « deux poids, deux mesures »

Là où le dossier devient particulièrement troublant, c’est dans les éléments révélés par l’ODL. L’organisation affirme que l’AVCRP avait déjà identifié d’autres responsables internes soupçonnés d’avoir fabriqué un double du cachet du président afin de réaliser des opérations financières à son insu, profitant de son absence pour raisons médicales.

Ces derniers auraient même été suspendus par l’association. Pourtant, selon les informations communiquées, ils n’ont jamais été auditionnés par les services des renseignements généraux, malgré les indications fournies lors des interrogatoires du président de l’AVCRP

Un paradoxe judiciaire qui nourrit l’accusation d’une enquête sélective.

Une arrestation sans accusation claire

Le cas de Mahamat Tahir Adirdir intrigue davantage encore. Également président du Mouvement Tchadien de Défense des Droits de l'Homme, il aurait été arrêté sans accusation formelle, simplement parce qu’il accompagnait le président de l’AVCRP, dont l’état de santé était jugé préoccupant. 

Dans un État qui prétend respecter les règles de droit, ce type d’interpellation par ricochet laisse un goût amer et soulève une question fondamentale : l’arrestation est-elle devenue un outil administratif de pression ?

Un état de santé préoccupant

L’ODL tire également la sonnette d’alarme sur la condition physique de Maibé Komadje Gabin, décrite comme « très précaire ». L’organisation appelle les autorités judiciaires à transférer le dossier devant le parquet de N'Djamena afin qu’une procédure régulière et transparente soit engagée.

Elle invite également la Commission Nationale des Droits de l'Homme du Tchad à assumer pleinement son rôle de vigie institutionnelle face à ce qui pourrait constituer une dérive préoccupante.

Entre justice et règlement de comptes

Dans les couloirs feutrés de la capitale, nombreux sont ceux qui murmurent que l’affaire pourrait dépasser la simple question de gestion financière. Car lorsque certains suspects restent mystérieusement intouchables tandis que d’autres sont jetés derrière les barreaux, l’ombre du règlement de comptes plane inévitablement.

Et dans ce théâtre judiciaire où les rôles semblent distribués d’avance, la justice risque une fois de plus de perdre ce qui lui reste de crédibilité : l’impartialité.

Une chose demeure certaine : tant que la lumière ne sera pas faite sur l’ensemble de ce dossier, cette arrestation continuera de nourrir les soupçons d’une justice sélective, prompte à frapper certains et étrangement indulgente envers d’autres.