jeudi 16, avril 2026

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Tchad : au bord du précipice, la politique de l’irresponsabilité

Le Tchad semble avancer aujourd’hui comme un véhicule sans frein lancé vers un ravin. À force d’improvisations politiques, de nominations de complaisance et de gouvernance sans vision, ceux qui tiennent les rênes de l’État donnent l’impression de conduire le pays vers un précipice dont personne ne mesure encore toute la profondeur. Le pire, pourtant, n’est peut-être pas ce que vit la génération actuelle, mais ce que devront affronter celles qui viendront après.

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Une élite politique coupée du réel

 

Depuis des années, la classe dirigeante tchadienne semble évoluer dans un univers parallèle, loin des souffrances quotidiennes de la population. Pendant que les citoyens affrontent la cherté de la vie, l’insécurité et la précarité des services publics, les cercles du pouvoir continuent de se livrer à leur sport favori : la redistribution des postes et des privilèges.

 

Chaque remaniement gouvernemental est présenté comme un tournant décisif. Mais dans les faits, il ne s’agit souvent que d’une rotation de visages au sommet d’un système qui refuse obstinément de se réformer.

 

Le pays change de ministres, jamais de méthode.

 

 

Le vertige d’un État sans cap

 

Le danger ne réside pas seulement dans l’inefficacité de certaines politiques publiques. Il se trouve surtout dans l’absence d’une vision nationale claire. L’économie dépend encore largement des ressources extractives, les infrastructures restent fragiles et l’éducation peine à préparer les jeunes aux défis du monde contemporain.

 

Or, pendant que d’autres nations bâtissent leur avenir à coups d’investissements stratégiques et de réformes structurelles, le Tchad semble s’enliser dans la gestion du présent immédiat, comme si l’avenir pouvait attendre.

 

Mais l’histoire est implacable : les pays qui renoncent à préparer demain finissent toujours par payer l’addition.

Le poids d’un héritage empoisonné

 

Le véritable drame est peut-être ailleurs. Ceux qui prennent aujourd’hui les décisions ne seront probablement pas ceux qui en subiront les conséquences les plus lourdes. Les dettes économiques, les fractures sociales et les retards éducatifs ne disparaîtront pas avec un décret.

 

Ils s’accumuleront.

 

Et c’est la génération future qui devra porter ce fardeau.

 

En réalité, l’enfer n’est pas seulement ce que vit la population aujourd’hui. L’enfer, c’est ce que les enfants du Tchad risquent d’hériter si la trajectoire actuelle n’est pas corrigée.

 

 

Pauvre pays de Toumaï

 

Le Tchad, terre de Toumaï, l’un des plus anciens ancêtres de l’humanité, devrait symboliser la mémoire et la profondeur de l’histoire humaine. Ironie tragique : ce pays qui incarne l’origine lointaine de l’humanité peine encore à construire sereinement son propre avenir.

 

Pauvre pays de Toumaï.

 

Riche de ressources, riche de cultures, riche de courage populaire — mais trop souvent prisonnier d’une gouvernance qui confond pouvoir et responsabilité.

 

Car un pays ne tombe pas dans le précipice par accident.

Il y est conduit, lentement, par l’accumulation de décisions mal inspirées, de silences complices et de calculs politiques à courte vue.

 

Et lorsque la chute devient visible, il est souvent déjà trop tard pour freiner.