mercredi 10, juin 2026

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Tchad : du rapt à la prison, la mécanique brutale d’une justice aux ordres

À N’Djamena, la scène se répète avec une régularité inquiétante : des opposants cueillis sans mandat, convoyés sous escorte, puis présentés au parquet comme s’il s’agissait d’une procédure ordinaire. Ce qui se joue autour des membres du GCAP n’a pourtant rien d’une banalité judiciaire. C’est une démonstration de force, une mise en scène où la loi sert de décor, et non de règle.

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Selon nos informations, les responsables politiques interpellés ont été conduits au parquet de N’Djamena après plusieurs heures, voire jours, de détention hors cadre légal. Privés de leurs avocats, certains ont opposé un refus net. Max Kemkoye et Koursami ont ainsi décliné toute audition, dénonçant une procédure viciée à la racine. Une posture de principe face à ce qui s’apparente moins à une enquête qu’à une formalité destinée à blanchir l’arbitraire.

Car tout, dans cette affaire, heurte les fondements les plus élémentaires du droit : arrestations sans mandat, détentions au secret, interrogatoires sans assistance juridique. Puis, comme pour refermer la boucle, l’ordre serait donné au parquet de procéder à leur dépôt à la maison d’arrêt de Klessoum. Une chaîne d’illégalités transformée, par un tour de passe-passe institutionnel, en procédure officielle.

La manœuvre est grossière : donner à voir une justice en marche là où il n’y a qu’une exécution administrative de décisions politiques. Le parquet, censé être le gardien de la légalité, se retrouve relégué au rang de chambre d’enregistrement. Une justice qui entérine après coup ce que la police a déjà décidé, voilà le cœur du problème.

Dans ce théâtre judiciaire, les droits de la défense sont piétinés avec une désinvolture confondante. L’avocat devient un figurant absent, le contradictoire une fiction, et la présomption d’innocence un slogan creux. Le tout sous couvert de « respect de la procédure », comme si l’emballage pouvait faire oublier la marchandise.

Plus grave encore, cette séquence envoie un message limpide : au Tchad, contester expose désormais à une trajectoire balisée, enlèvement, isolement, inculpation express, incarcération. Une mécanique de dissuasion politique, calibrée pour étouffer toute voix discordante.

Reste une question, brutale mais nécessaire : jusqu’où ira cette banalisation de l’illégal ? Car à force de travestir la justice, c’est l’État lui-même qui se délite. Et lorsque la loi devient un instrument de contrainte plutôt qu’un rempart, il ne reste plus que la force, nue, assumée, et dangereusement instable.