jeudi 16, avril 2026
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À N’Djamena, une rumeur lourde comme un ciel d’orage circule depuis ce matin dans les rédactions et les couloirs administratifs : Hassan Moussa Ali, ancien journaliste du journal Le Progrès et collaborateur du média en ligne Tchadinfos.com, serait décédé. À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune confirmation officielle n’a été fournie.
Mais une chose est certaine : l’homme demeure introuvable, et le silence des autorités nourrit toutes les inquiétudes.
Selon plusieurs sources concordantes, Hassan Moussa Ali avait été interpellé alors qu’il occupait les fonctions du directeur de cabinet au ministère des Infrastructures. Ce département est dirigé par Fatimé Gougouni Weddei, fille de l’ancien chef de l’État Goukouni Oueddei. Depuis cette arrestation présumée, sa famille affirme n’avoir reçu aucune information claire sur sa situation : ni lieu de détention, ni chef d’accusation, ni même la confirmation officielle qu’il serait détenu.
Dans les milieux journalistiques, certaines sources avancent qu’il serait détenu par les services de renseignement, sur ordre de la famille de Gougouni Weddei, à la suite d’accusations pour le moins paradoxales. On lui reproche d’avoir servi d’informateur au média d’investigation Tchad One. Une accusation qui fait sourire jaune plus d’un confrère : Hassan Moussa Ali faisait précisément partie de ceux qui avaient publiquement sensibiliser les professionnels de médias contre ce journal.
Pendant ce temps, les autorités, Ministre de la justice Youssouf Tom et celui de la communication Gassim Cherif, continuent de nier toute disparition ou détention arbitraire de journalistes au Tchad. Une ligne de défense devenue familière. Mais sur le terrain, la famille de l’ancien journaliste vit dans l’angoisse et l’opacité la plus totale. Dans un État de droit digne de ce nom, une arrestation s’accompagne d’une procédure claire. Ici, c’est plutôt un trou noir administratif : un homme disparaît, et l’administration regarde ailleurs.
La rumeur de son décès, qui s’est propagée ce matin comme une traînée de poudre, reste pour l’instant impossible à vérifier. Pourtant, elle révèle un malaise profond. Dans un pays où les arrestations discrètes et les détentions opaques deviennent des habitudes bureaucratiques, l’absence d’information officielle agit comme un carburant pour toutes les hypothèses.
Si la mort de Hassan Moussa Ali venait à être confirmée, ce serait un drame supplémentaire dans la longue liste des vies brisées dans l’ombre des institutions et le régime MPS qu'il servit pendant des années. Et un nom de plus dans ces dossiers que l’histoire range parfois dans les tiroirs poussiéreux du président Mahamat Kaka.
Dans ce genre d’affaire, le silence n’est jamais neutre. Il devient un personnage à part entière : celui qui protège les puissants, pendant que les familles cherchent leurs disparus.
L’histoire tchadienne est pleine de ces disparitions enveloppées de brouillard administratif. Et chaque fois, la même question revient, obstinée : un État peut-il exiger la confiance de ses citoyens tout en refusant de dire où se trouvent ceux qu’il arrête ?