jeudi 11, juin 2026

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Tchad : la “DIA” de la discorde, 117 millions par famille, ou l’aveu qui ne dit pas son nom ?

117 millions de FCFA par famille. Plus de 20 morts selon le gouvernement, plus de 24 selon des sources indépendantes. Une frappe de drone sur une place mortuaire à Tiné. Et une question brutale : pourquoi indemniser si l’on n’est pas responsable ?

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Le drame de Tiné, survenu le 18 mars 2026, continue de hanter les consciences. Ce jour-là, des civils rassemblés dans un moment de recueillement ont été fauchés par une frappe de drone. Le gouvernement tchadien a rapidement pointé du doigt le Soudan, tandis que les Forces de soutien rapide (FSR) ont, dans une confusion révélatrice, accusé leurs propres adversaires. Une guerre des communiqués sur fond de cadavres encore chauds.

Mais ce n’est pas la bataille des versions qui choque aujourd’hui. C’est la manœuvre qui a suivi.

Selon une source bien introduite, chaque famille de victime aurait reçu la somme colossale de 117 millions de francs CFA, dans le cadre d’une “DIA”, pratique coutumière de compensation. Une vidéo devenue virale montre la distribution de ces fonds. Une générosité soudaine qui interroge, dérange, et surtout accuse.

Car dans le langage froid du pouvoir, indemniser sans responsabilité clairement établie revient à poser un acte lourd de sens. On ne répare pas ce dont on se dit étranger. À moins que cette “DIA” ne soit qu’un habillage culturel d’un compromis politique bien plus embarrassant.

D’après nos informations, le président Mahamat Idriss Déby aurait d’abord sollicité les cadres zaghawa de N’Djaména pour valider cette démarche. Refus catégorique. Trop risqué, trop compromettant. Qu’à cela ne tienne : le circuit officiel est contourné. Les regards se tournent vers les autorités traditionnelles, les anciens des villages, sommés d’accepter ce qui s’apparente davantage à une transaction qu’à une consolation. Une pression silencieuse, mais efficace.

Dans les cercles proches du pouvoir, le malaise est palpable. « Indemniser, c’est reconnaître », lâche un confident du sérail. Une phrase lourde, presque accusatoire. Elle résume le dilemme d’un régime pris entre la nécessité d’apaiser et le risque de se trahir.

Pendant ce temps, la justice tente de suivre son cours. Le 7 avril, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de N’Djaména, Moussa Abdelkerim Saleh, annonçait l’ouverture d’une enquête. Une expertise internationale aurait été sollicitée pour faire la lumière sur l’origine de la frappe. Les premières constatations évoquent un drone venu du territoire soudanais, avec des munitions typiques du conflit en cours. Une piste, pas une conclusion.

Les chefs d’accusation sont lourds : atteinte à la sûreté de l’État, terrorisme, homicides volontaires, destruction de biens. Mais au-delà des qualifications juridiques, c’est une autre vérité qui se joue : celle de la perception publique.

Car dans l’opinion, le doute s’installe. Et il s’installe vite.

Comment croire à une innocence proclamée lorsque des millions circulent pour acheter le silence des familles ? Comment parler de souveraineté bafouée tout en négociant, en coulisses, une paix sociale à coups de billets ?

La “DIA” de Tiné n’est pas un simple geste de compassion. Elle est un acte politique. Un signal. Peut-être même un aveu déguisé.