jeudi 16, avril 2026

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Tchad : la gouvernance financière sous l’ombre d’un système verrouillé

Au Tchad, les discours officiels sur la transparence et la bonne gouvernance se multiplient à chaque forum international. Mais derrière ces proclamations, une réalité bien plus sombre semble se dessiner : celle d’un appareil financier capturé par un cercle restreint d’acteurs dont l’influence dépasse désormais les simples frontières administratives.

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Au cœur des critiques figure le ministre des Finances, Tahir Hamid Nguilin, dont la gestion est régulièrement pointée du doigt par des responsables politiques, des cadres administratifs et des observateurs de la vie publique. Pour beaucoup, son pouvoir sur les finances nationales est devenu si central qu’il conditionne désormais le fonctionnement même de l’État.

Selon plusieurs sources concordantes, ce contrôle s’étendrait jusqu’au secteur stratégique du pétrole, où certaines décisions sont prises dans un cercle très fermé impliquant également des responsables influents de l’appareil d’État. Dans les coulisses du pouvoir, des accusations de « verrouillage » du secteur énergétique circulent avec insistance. Des voix critiques dénoncent une gestion qui favoriserait des réseaux d’intérêts plutôt que l’intérêt national.

Le Tchad, pourtant pays producteur de pétrole depuis plus de deux décennies (23 ans), peine toujours à traduire cette richesse en progrès social visible. Les infrastructures restent fragiles, les services publics sous-financés, et les promesses de développement tardent à se matérialiser. Une situation que certains attribuent directement à une gouvernance opaque des ressources de Tahir.

Des accusations visant aussi les partenaires internationaux

Certains critiques vont plus loin et dénoncent des relations ambiguës entre les autorités financières tchadiennes et certaines institutions internationales, notamment Banque mondiale. Des soupçons d’influence et de pressions politiques alimentent régulièrement les débats, notamment lorsque surgissent des rumeurs de remaniement gouvernemental.

Selon plusieurs observateurs, la stratégie consisterait à maintenir une image de stabilité financière auprès des partenaires extérieurs, même lorsque les réalités internes contredisent ce récit. Ces accusations restent difficiles à vérifier officiellement, mais elles nourrissent un climat de défiance croissante au sein de l’opinion publique.

Dr Boukar Michel brise le silence

Dans ce contexte tendu, une déclaration récente du Dr Boukar Michel, ancien ministre des Télécommunications, a fait l’effet d’un électrochoc. L’ancien membre du gouvernement a évoqué publiquement les difficultés rencontrées par certains ministres pour obtenir les moyens les plus élémentaires afin d’exercer leurs fonctions.

Si un membre du gouvernement doit se battre pour disposer de ressources lui permettant simplement d’assister au conseil des ministres, cela en dit long sur l’état réel des finances publiques.

Cette sortie, jugée courageuse par certains et polémique par d’autres, a suscité de nombreuses réactions. Sur les réseaux sociaux, l’ancien ministre a été tourné en dérision par certains internautes. Mais dans les cercles intellectuels et administratifs, beaucoup y voient plutôt un aveu involontaire révélant l’ampleur des blocages au sommet de l’État.

Le silence révélateur du Dr Tom Erdimi

D’autres épisodes récents interrogent également les observateurs. Le départ discret du Dr Tom Erdimi de ses fonctions avait déjà alimenté de nombreuses spéculations. Certains analystes estiment que son silence serait le signe d’un malaise profond au sein des institutions, où les marges de manœuvre des responsables seraient de plus en plus réduites.

Dans un système politique où la loyauté prime souvent sur la transparence, rares sont ceux qui osent dénoncer publiquement les dysfonctionnements.

Un avertissement pour l’avenir

Dans ce climat de suspicion, plusieurs analystes estiment que la concentration du pouvoir financier entre quelques mains constitue un pari risqué pour la stabilité politique et économique du pays.

Le président Mahamat Idriss Déby se retrouve aujourd’hui face à un choix stratégique : maintenir l’architecture actuelle du pouvoir financier pourrie ou ouvrir la voie à une gouvernance plus inclusive et plus transparente.

Car au-delà des querelles politiques et des rivalités internes, une question demeure : comment un pays riche en ressources naturelles peut-il continuer à peiner à financer ses services publics essentiels ?

Pour de nombreux Tchadiens, la réponse tient désormais en un mot : gouvernance.

Et tant que cette question restera sans réponse claire, le soupçon de corruption continuera de planer comme une ombre persistante sur les finances publiques du pays.