jeudi 16, avril 2026
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Par un tour de passe-passe dont seul le pouvoir a le secret, Mahamat Idriss Déby vient d’élever au rang de général de division un homme dont le seul champ de bataille connu relève davantage du mystique que du militaire. Une dérive qui scandalise jusque dans les couloirs feutrés du palais.
La décision a de quoi laisser pantois : Mbang Hadji Woli, sultan du Baguirmi, féticheur en chef selon plusieurs sources concordantes, est désormais général de division. Oui, général. Sans uniforme d’origine, sans carrière militaire, sans la moindre trace d’engagement dans une structure de défense. Une promotion qui piétine allègrement les règles les plus élémentaires de la hiérarchie républicaine.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. L’heureux promu cumule déjà les casquettes : vice-président du Sénat, gestionnaire des 5 % issus du pétrole du Chari-Baguirmi… et désormais officier supérieur sorti de nulle part. Une inflation de titres qui confine à la farce, si elle ne révélait pas un malaise plus profond : celui d’un État où les distinctions se distribuent comme des faveurs de cour.
Dans les cercles proches du pouvoir, le sarcasme remplace à peine l’indignation. « Il n’a jamais été militaire », lâche une source, mi-amusée, mi-consternée. Une autre enfonce le clou : « On dirait que le président fait ses adieux, distribuant grades et largesses dans une frénésie troublante. »
Car derrière cette nomination se dessine une pratique plus inquiétante encore : la banalisation du galon, vidé de sa substance, transformé en instrument de fidélisation politique. À ce rythme, la République risque de se retrouver avec plus de généraux de salon que de soldats de terrain.
Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs, cette légèreté interroge, voire indigne. Car l’armée, pilier de la souveraineté, mérite mieux que d’être réduite à un théâtre d’honneurs distribués à la tête du client.
Le Tchad n’a pas besoin de généraux de circonstance. Il a besoin d’institutions solides, respectées — et respectables. Or, à force de confondre pouvoir et patrimoine personnel, le sommet de l’État semble s’acharner à transformer la République en une vaste cérémonie de décorations… sans mérite, ni mesure.