mercredi 10, juin 2026
Frankfurt am Main : 13,0°C - Vent 6,2
Alors que les autorités tchadiennes affichent leur volonté de remettre de l'ordre dans le secteur minier, la Société de Construction pour la Coopération et le Commerce (SCCC) se retrouve aujourd'hui au cœur d'une double controverse mêlant non-conformité réglementaire et soupçons de fraude fiscale de grande ampleur.
La situation a pris une nouvelle tournure lorsque la Secrétaire d'État au Pétrole, aux Mines et à la Géologie, Khadidja Hassane Abdoulaye, a ordonné l'arrêt immédiat des activités de plusieurs carrières de granulats dans la province du Hadjer Lamis. Parmi les entreprises sanctionnées figure la SCCC, épinglée à l'issue d'une mission d'inspection ayant mis en évidence de graves manquements administratifs, techniques et sécuritaires.
Selon les conclusions des inspecteurs, plusieurs exploitants ne respectent pas les normes imposées par la réglementation minière tchadienne. Les défaillances constatées concernent notamment la conformité des installations, les obligations administratives ainsi que les mesures de protection des travailleurs. La suspension décidée par les autorités ne pourra être levée qu'après une mise en conformité complète des sites concernés.
Mais au-delà de ces irrégularités, la SCCC fait également l'objet d'accusations beaucoup plus lourdes. Plusieurs sources évoquent depuis des mois un système présumé de sous-déclaration des volumes de gravier extraits et commercialisés à Ngoura. Ces pratiques ont eu pour conséquence de réduire artificiellement les taxes minières dues à l'État tchadien.
Des documents consultés dans le cadre de cette enquête feraient apparaître des écarts significatifs entre certaines quantités de matériaux exploités et les montants officiellement déclarés auprès des services compétents. Si ces faits venaient à être confirmés par des investigations indépendantes, le préjudice pour le Trésor public pourrait se chiffrer à plusieurs milliards de francs CFA.
Les soupçons concernent plusieurs responsables de la société, notamment son président-directeur général, Ashraf Abdelaty Abdelaal Hassan, ainsi que certains cadres techniques et administratifs. Des allégations de complicités au sein des structures chargées du contrôle minier sont également évoquées par différentes sources concordantes. À ce stade, aucune de ces accusations n'a toutefois fait l'objet d'une décision judiciaire définitive.
Le silence observé par la société alimente davantage les interrogations. Dans le cadre de cette enquête, un protocole détaillé de questions a été adressé à la direction de la SCCC afin de lui permettre d'apporter sa version des faits. Malgré plusieurs relances, aucune réponse officielle n'a été transmise.
Un interlocuteur se présentant comme représentant des affaires juridiques de l'entreprise a bien pris contact avec notre rédaction. Cependant, au lieu de répondre aux questions soulevées, celui-ci s'est principalement intéressé à la nature des documents détenus par les enquêteurs. Il avait promis une réaction officielle de la société qui, plusieurs semaines après, n'est toujours pas parvenue.
Dans les milieux miniers et administratifs, nombreux sont désormais ceux qui réclament un audit indépendant des activités de la SCCC. Les demandes portent notamment sur la publication exhaustive des taxes versées, la vérification des volumes réellement extraits ainsi que l'identification d'éventuelles complicités ayant permis la poursuite de pratiques contestées.
La récente suspension décidée par le ministère apparaît ainsi comme un signal fort envoyé aux opérateurs du secteur. Reste désormais à savoir si cette mesure administrative débouchera sur des investigations plus approfondies permettant d'établir ou d'écarter les accusations qui entourent l'entreprise.
Une chose est certaine : l'affaire SCCC est loin d'avoir livré tous ses secrets.
Affaire à suivre.