jeudi 11, juin 2026

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Tchad : le cri d’alarme du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques face à un État sous tension

À N'Djamena, le vernis institutionnel craque. Derrière les formules protocolaires et les en-têtes soignés, la lettre ouverte du GCAP datée du 23 avril 2026 sonne comme un réquisitoire sans appel contre la dérive autoritaire du pouvoir tchadien.

Adressé à des poids lourds internationaux, de Organisation des Nations unies à Union africaine, en passant par l’Union européenne, le document ne demande pas poliment : il accuse, il interpelle, il somme.

Une indignation devenue nécessité politique

Le GCAP justifie la marche du 2 mai comme un acte de survie démocratique. Selon ses termes, il ne s’agit plus de protester, mais de réclamer ce qui devrait être acquis : droits civiques, libertés publiques, justice. Une banalité dans un État de droit. Une audace dans le Tchad actuel.

Car derrière les lignes sobres, le constat est brutal : enlèvements, tortures, détentions arbitraires, assassinats. Une mécanique de répression qui, selon les signataires, s’est intensifiée depuis avril 2021, date charnière de l’actuel régime.

Le poids des morts et le silence des puissants

Le texte convoque des souvenirs que le pouvoir préférerait voir dissous dans l’oubli. Le massacre du 20 octobre 2022, plus de 300 jeunes abattus, revient comme une plaie ouverte. L’assassinat de Yaya Dillo en février 2024 est cité comme symbole d’une impunité devenue doctrine.

À cela s’ajoutent des cas d’enlèvements, de déchéances de nationalité jugées arbitraires, et des condamnations qualifiées d’iniques. Le tableau est celui d’un État où la justice semble avoir déserté les tribunaux pour se réfugier dans les ordres.

Et pendant ce temps ? Le silence. Assourdissant. Celui de la communauté internationale, accusée de regarder ailleurs, voire de cautionner par son inertie.

Un pays sous pression, une société sous surveillance

Le document évoque plus de 1 230 morts en cinq ans et des centaines d’exilés contraints. À l’intérieur, la peur s’installe. Critiquer devient risqué. Revendiquer, dangereux. Défendre une cause, suspect.

Les services de sécurité, notamment l’ANSE, sont pointés du doigt pour des pratiques de traque systématique. Le citoyen n’est plus un sujet de droit : il devient un suspect potentiel.

L’injustice comme système

Le GCAP pose une question simple, presque insolente : comment justifier le soutien international à un régime accusé de maltraiter son propre peuple ? Derrière cette interrogation, une accusation à peine voilée : celle d’une realpolitik qui sacrifie les principes sur l’autel des intérêts.

Le parallèle avec le massacre du 28 septembre 2009 en Guinée n’est pas anodin. Là-bas, la mobilisation internationale avait été rapide. Ici, elle se fait attendre. Deux poids, deux mesures ? Le doute s’installe, et il est corrosif.

Une lettre, et après ?

Cette lettre n’est pas un simple document diplomatique. C’est un signal. Un avertissement. Peut-être même un dernier recours avant que la contestation ne prenne d’autres formes, moins encadrées, moins pacifiques.

Au Tchad, l’histoire a montré que lorsque les voies légales se ferment, les issues deviennent imprévisibles. Et souvent tragiques.

Reste à savoir si cette fois, quelqu’un écoutera.