mercredi 10, juin 2026

Frankfurt am Main : 12,2°C - Vent 5,9

Tchad : le parfum rance du parti unique ressurgit sous couvert de sécurité

Au Tchad, les vieux démons n’ont jamais vraiment quitté la scène. Ils sommeillaient. Les voilà qui reprennent du service, méthodiquement, froidement, presque administrativement. Un simple « message porté », document austère, cachet officiel, signature militaire, suffit désormais à révéler ce que le pouvoir s’efforce encore de maquiller : le retour insidieux d’un contrôle généralisé des populations

Image

Le document du ministre de la Sécurité publique, signé par le général Ali Ahmat Aghabache, ordonne l’installation de barrières de contrôle sur les axes fréquentés par les étrangers, avec fouilles systématiques et implication des services spéciaux. À première lecture, l’argument sécuritaire tente de se donner des airs de légitimité. Mais à y regarder de plus près, la mécanique est connue : surveillance élargie, suspicion institutionnalisée, et pouvoir discrétionnaire laissé à des forces déjà peu enclines à la retenue.

 

Le vernis administratif ne trompe plus. Derrière ces « unités de contrôle » se profile une politique de quadrillage. Une politique qui rappelle, sans détour, les heures sombres de Union Nationale pour l'Indépendance et la Révolution (UNIR), ce parti unique qui avait fait du citoyen un suspect permanent, et de la liberté un luxe dangereux.

 

Aujourd’hui, l’histoire bégaie — mais avec une brutalité modernisée. Le langage a changé, les sigles se multiplient, mais la logique demeure : contrôler pour régner, intimider pour dissuader, filtrer pour dominer. Le citoyen devient une variable d’ajustement dans une équation sécuritaire opaque.

 

Plus inquiétant encore, cette mesure cible explicitement les axes « empruntés par les étrangers ». Une désignation floue, dangereusement extensible, qui ouvre la voie à toutes les dérives : profilage, abus, rackets, humiliations ordinaires. Dans un pays déjà miné par les fractures sociales et les tensions intercommunautaires, cette décision agit comme une étincelle sur une poudrière.

 

Et pendant que les barrières se dressent, le silence institutionnel s’épaissit. Où sont les garde-fous ? Où sont les voix censées rappeler que la sécurité ne saurait être le prétexte d’une mise sous tutelle généralisée ? L’État, en prétendant protéger, glisse vers une posture de surveillance permanente, où chaque déplacement devient suspect, chaque identité discutable.

 

Ce n’est pas seulement une mesure sécuritaire. C’est un symptôme. Celui d’un pouvoir qui doute, qui craint, et qui resserre l’étau au lieu de répondre aux causes profondes des crises qu’il laisse prospérer.

 

À force de contrôler les routes, on finit par barrer l’avenir.