jeudi 16, avril 2026
Frankfurt am Main : 19,9°C - Vent 6,5
L’attaque au drone survenue à Tiné dans l’Est du Tchad avait suscité l’émoi et la colère. Face à l’onde de choc, les autorités avaient promis, la main sur le cœur, une enquête « rigoureuse et transparente ». Mais plusieurs semaines après les faits, le silence est devenu assourdissant. Où en est réellement cette investigation censée faire toute la lumière sur cet acte grave qui touche à la souveraineté et à la sécurité du pays ?
Officiellement, l’enquête se poursuivrait. Officieusement, elle semble avoir rejoint le cimetière bien fourni des dossiers sensibles qui disparaissent dans les tiroirs poussiéreux de l’administration. À entendre certains responsables, des « investigations techniques » seraient en cours. Pourtant, sur le terrain, les populations n’ont vu ni experts, ni matériel digne d’une enquête moderne.
La scène frise parfois l’absurde. Des témoins évoquent des enquêteurs improvisés, arpentant les lieux avec un zèle approximatif, comme si l’on cherchait les traces d’un crime sophistiqué avec des méthodes d’un autre siècle. À ce rythme, il ne manquerait plus que l’on sorte des décamètres et des carnets pour mesurer les impacts, pendant que les véritables indices disparaissent.
Ce qui inquiète davantage, c’est le précédent que créerait une telle légèreté. Une attaque au drone n’est pas un banal fait divers : elle soulève des questions de sécurité nationale, de responsabilité et de protection des populations civiles. Laisser l’affaire s’enliser reviendrait à banaliser un acte potentiellement dangereux et à envoyer un signal d’impunité.
Au Tchad, les promesses d’enquête fleurissent souvent dans la foulée des scandales, puis fanent dans l’indifférence générale. Le risque est grand que cette affaire suive la même trajectoire : indignation officielle, annonces martiales, puis oubli organisé.
Les citoyens, eux, attendent des réponses, pas des déclarations creuses. Une enquête digne de ce nom suppose des moyens, de la transparence et surtout la volonté d’aller jusqu’au bout, quels que soient les responsables.
Faute de quoi, l’histoire retiendra une fois de plus que, dans ce pays, certaines enquêtes ne servent qu’à gagner du temps, pendant que la vérité, elle, reste au point mort.