jeudi 16, avril 2026
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À peine installé dans son fauteuil ministériel, Naïr Abakar a livré un discours qui se veut rassembleur. Lors de la cérémonie de passation de charges, le nouveau patron de la Jeunesse et des Sports a déclaré s’inscrire dans une « mission de confiance » confiée par les plus hautes autorités, tout en appelant à placer l’institution au-dessus des individualités et à construire une action collective au service du pays.
La formule est noble. Les mots sont bien pesés. Mais au Tchad, les discours ministériels sont devenus une monnaie trop abondante pour conserver encore une grande valeur. Depuis des décennies, les déclarations vertueuses pleuvent à chaque nomination, tandis que les résultats, eux, se font attendre avec une régularité presque insolente.
Le ministère de la Jeunesse et des Sports n’échappe pas à cette triste tradition. Des générations de responsables s’y sont succédé, multipliant promesses et slogans, pendant que la jeunesse tchadienne continue d’errer entre chômage massif, infrastructures sportives délabrées et politiques publiques souvent improvisées. Dans ce contexte, l’arrivée de Naïr Abakar ressemble moins à une révolution qu’à une énième page d’un livre politique déjà trop lu.
Le nouveau ministre affirme vouloir placer l’institution au-dessus des individualités. L’intention est louable. Mais dans un système où les réseaux d’influence, les clans administratifs et les calculs politiques dictent trop souvent l’action publique, la simple proclamation de principes ne suffit pas. Gouverner exige autre chose que des formules élégantes : il faut des décisions courageuses, des réformes tangibles et une rupture réelle avec les pratiques qui ont vidé ce ministère de sa crédibilité.
La jeunesse tchadienne, elle, n’est plus disposée à applaudir des promesses sans lendemain. Elle observe, elle attend et, surtout, elle juge. Si les paroles de Naïr Abakar se traduisent en actes concrets, réhabilitation des infrastructures sportives, soutien réel aux initiatives des jeunes, politiques d’insertion crédibles, son mandat pourrait marquer un tournant.
Mais si cette déclaration n’était qu’un exercice de rhétorique destiné à embellir une prise de fonction, le séjour du ministre à la tête de ce département risque d’être aussi bref que bruyant. Car une chose est certaine : la jeunesse tchadienne, trop longtemps reléguée au rang de décor politique, n’entend plus servir de figurant dans les discours officiels.
Entre la parole et l’action, il y a un gouffre. C’est dans ce gouffre que se sont déjà perdus bien des ministres avant lui. Naïr Abakar devra désormais prouver qu’il ne sera pas le prochain.