mercredi 10, juin 2026

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Tchad : Ngueto Tiraïna, l’ex-ministre qui privatise l’eau des pauvres

Accusé de détournement d’un château d’eau destiné à un village du Mandoul, l’ancien ministre de l’Économie, Ngueto Tiraïna, est au cœur d’un scandale mêlant prédation foncière, abus de pouvoir et tentative d’étouffement judiciaire.

Dans le village de Kotkouli, au cœur du Mandoul, l’eau est devenue un luxe confisqué. Ce qui devait être un bien public, financé pour soulager des populations rurales, s’est transformé en propriété privée au profit d’un homme : Ngueto Tiraïna, ancien ministre de l’Économie sous la transition.

 

Les faits sont accablants. Un château d’eau, officiellement réalisé par le ministère de l’Eau en partenariat avec une ONG et exécuté par une entreprise spécialisée, a été discrètement délocalisé… non pas au centre du village comme prévu, mais en pleine brousse, à l’intérieur d’une ferme appartenant à l’ex-ministre. Résultat : les villageois, bénéficiaires légitimes, en sont exclus.

 

Sur les images tournées sur place, aucun habitat, aucune trace de vie communautaire. Juste une infrastructure publique capturée, isolée, verrouillée. Une scène qui en dit long sur l’arrogance d’une élite qui se croit au-dessus des lois.

 

Lorsque les habitants découvrent la manœuvre, la colère éclate. Mais la riposte est brutale. Un proche du ministre, impliqué dans la surveillance des travaux, est arrêté et emprisonné pendant sept mois à la maison d’arrêt de Sarh, accusé de diffamation. Son crime ? Être soupçonné d’avoir éventé le scandale.

 

Ironie judiciaire : devant le tribunal, ce même cousin confirme le détournement du château d’eau, tout en niant être à l’origine de la fuite. L’enquête bascule. Les documents officiels du ministère de l’Eau viennent corroborer la version des villageois : l’ouvrage était bien destiné à la communauté.

 

Face à ces preuves, la défense de Ngueto Tiraïna vacille. Incapable de produire une facture définitive ni le moindre bordereau de paiement attestant d’un financement personnel, l’ancien ministre tente maladroitement de fabriquer une légitimité financière fictive. En vain.

 

La justice tranche : le cousin est déclaré non coupable et libéré. Un revers cinglant pour celui qui aurait tenté d’instrumentaliser l’appareil judiciaire pour faire taire un témoin gênant.

 

Mais au-delà de cette décision, une question demeure : combien d’autres infrastructures publiques ont été ainsi détournées dans le silence complice ? Combien de villages privés d’eau, de terres, de dignité ?

 

L’affaire de Kotkouli n’est pas un simple abus. C’est une illustration brutale d’un système où certains responsables pillent sans vergogne ce qui appartient à tous, tout en tentant d’écraser ceux qui osent parler.

 

À Kotkouli, l’eau coule. Mais elle ne désaltère pas les assoiffés. Elle irrigue l’impunité.

Les documents attestant sont en annexe