jeudi 11, juin 2026

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Tchad : Opposition en miettes, dictature en marche, la liste des prochaines cibles s’allonge

Pendant que les partis dits d’opposition s’écharpent dans une querelle stérile, aussi vaine que l’opposition entre l’eau et l’huile, le pouvoir, lui, avance, méthodique, froid, implacable. La question n’est plus de savoir si la répression va continuer, mais plutôt : qui sera le prochain sur la liste ?

Le pays glisse, sans masque ni détour, vers un modèle où penser devient un crime et parler, un suicide. Dans cette mécanique brutale, nul n’est épargné : leaders politiques, figures de la société civile, journalistes, commerçants, tous sont désormais des cibles potentielles. La règle est limpide, presque obscène : se taire ou se soumettre. Qui refuse de chanter les louanges du prince s’expose à la relégation, à l’arrestation, voire à la disparition.

Près d’un an après l’arrestation du président du parti Les Transformateurs, le Dr Succès Masra, la spirale répressive ne faiblit pas. Bien au contraire, elle s’accélère sous les yeux d’une opposition fragmentée, plus prompte à régler ses comptes internes qu’à affronter le véritable adversaire.

Ce samedi 25 avril 2026 marque un nouveau palier dans cette dérive autoritaire. Plusieurs figures du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) ont été interpellées au siège du parti PAP/JS, dans le quartier de Habbena, à N’Djamena. Parmi elles, Max Kemkoye et Bidi Valentin. Une arrestation en plein jour, sans détour, comme pour mieux signifier que plus rien ne doit se faire dans l’ombre : la peur est désormais une politique publique.

Quelques heures plus tôt, le professeur Avocksouma Djona Atchénémou, président du parti Les Démocrates, était lui aussi arrêté, en compagnie de son épouse. Une interpellation qui porte la marque d’un pouvoir qui ne s’embarrasse plus ni des formes ni des droits.

Dans un message prémonitoire publié dans la matinée, Max Kemkoye alertait déjà : des agents de l’ANSE sillonnaient son quartier, photo à l’appui, à la recherche de son domicile. Le scénario était écrit. Il a simplement été exécuté.

En toile de fond, une décision lourde de conséquences : la Cour suprême a prononcé, 24h avant, la nullité du GCAP, désormais déclaré illégal sur toute l’étendue du territoire. Une décision qui offre un vernis juridique à ce qui s’apparente, dans les faits, à une entreprise de démantèlement systématique de toute voix dissidente.

Et pendant ce temps ? Les militants s’accusent. Les partis se soupçonnent. Les ego s’affrontent. La dictature, elle, remercie, et continue d'appliquer son programme d'élimination des opposants.

Car c’est bien là le cœur du scandale : cette incapacité chronique de l’opposition à faire front commun. En se divisant, elle devient complice, malgré elle, d’un système qu’elle prétend combattre. Elle offre au pouvoir ce qu’il ne pourrait conquérir seul : le terrain libre.

La marche annoncée pour le 2 mai est déjà dans le viseur des autorités, qualifiée de menace à l’ordre public. Traduction : toute tentative de mobilisation sera étouffée avant même d’exister.

Le constat est brutal : un pouvoir qui arrête, une opposition qui se divise, un peuple pris en étau. À ce rythme, la liste des “indésirables” continuera de s’allonger, jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour protester.

La question demeure, lancinante : à qui le tour ?