jeudi 16, avril 2026
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Le silence aura duré des années. Mais visiblement, il a ses limites. Dans une publication rendue publique sur Facebook, Oumar Youssouf Togoïmi a décidé de rompre la réserve que sa famille s’était imposée depuis longtemps. Le fils de l’ancien procureur de la République et chef rebelle Youssouf Togoïmi accuse ouvertement les autorités tchadiennes de maintenir sous confiscation les biens laissés par son père.
Dans un texte empreint d’amertume, il affirme que sa famille avait choisi la discrétion afin de régler cette question par le dialogue, loin des polémiques. Mais selon lui, ce silence n’a produit aucun résultat. « Certains de nos biens sont toujours confisqués », déplore-t-il, dénonçant une situation qui n’aurait connu aucune évolution malgré la patience et la retenue de sa famille.
Pour Oumar Youssouf Togoïmi, ces biens ne représentent pas seulement une question matérielle. Ils constituent, affirme-t-il, « les seuls héritages » laissés par son père à ses enfants. Un héritage que la famille dit désormais déterminée à récupérer par des voies légales, « avec détermination, même si cela doit prendre du temps ».
L’ancien chef du Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT), Youssouf Togoïmi, avait pris les armes contre le régime de Idriss Déby Itno avant de mourir en Libye suite à l'explosion sur une mine dans le désert du Tchad. Depuis, son nom demeure associé à l’une des pages les plus sensibles de l’histoire politico-militaire du nord du Tchad.
Dans son message, son fils élargit la portée de son combat au-delà du cadre familial. Il affirme que de nombreux Tchadiens vivent des injustices similaires mais préfèrent garder le silence par peur ou par résignation. « À un moment, quelqu’un doit se lever », écrit-il, estimant que la parole devient parfois la seule arme face à l’injustice.
Ce témoignage résonne comme un cri d’amertume dans un pays où les mémoires de la rébellion, des règlements de comptes politiques et des héritages contestés continuent de hanter la vie nationale.
Car derrière cette affaire familiale se dessine une question plus vaste : celle d’un État encore incapable de solder sereinement les blessures de son histoire récente. Et lorsque les héritiers des morts réclament simplement ce qui leur appartient, c’est tout un passé non réglé qui ressurgit.
Au Tchad, la mémoire reste une bataille. Et parfois, la justice aussi.