mercredi 10, juin 2026
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La ficelle est désormais grossière, et l’indignation gagne du terrain. À la veille d’une nouvelle mobilisation citoyenne, le Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) se retrouve, une fois de plus, dans le viseur des autorités. Motif invoqué : son illégalité soudaine. Une accusation qui fait bondir plus d’un, à commencer par l’avocat tchadien Me Alain Kagombé, dont la sortie sur les réseaux sociaux résonne comme un réquisitoire implacable.
Dans une publication au vitriol, l’homme de droit démonte, sans détour, ce qu’il considère comme une manipulation politique grossière :
« Le GCAP est illégal ? Si le regroupement des partis politiques est illégal, “Tchad Uni”, là, c’est une coopérative des chauffeurs de taxis ? » ironise-t-il, mettant en lumière ce qu’il perçoit comme une justice à géométrie variable.
Le cœur de son argumentaire est limpide : depuis sa création, le GCAP n’a jamais été déclaré illégal. Mais à l’approche d’une marche pacifique, voilà que surgit, comme par enchantement, une interdiction. Une mécanique bien rodée, selon lui, qui rappelle les précédents de Wakit Tama ou encore du mouvement “Le Temps”, tous dissous au moment précis où leur voix menaçait de troubler l’ordre établi.
Cette répétition n’a rien d’un hasard, estime Me Kagombé. Elle traduit une stratégie : neutraliser toute dynamique collective capable de structurer une opposition ou de canaliser une contestation populaire. Une démocratie sous perfusion, où la légalité devient un outil de dissuasion plutôt qu’un socle de régulation.
Mais au-delà de la dénonciation, l’avocat pose une question frontale, presque insolente dans sa simplicité :
« Définissez-nous clairement votre modèle de démocratie afin que nul n’en ignore et que nul ne pèche contre votre très haute autorité. »
Une interpellation directe au pouvoir, qui sonne comme un défi lancé à la cohérence institutionnelle du régime.
Et de conclure, sans détour ni précaution diplomatique :
« Libérez vos otages. Assez !! »
Le mot est lâché : otages. Derrière cette formule, une accusation grave, celle d’arrestations arbitraires visant des acteurs politiques et de la société civile. Une ligne rouge que franchit désormais une partie de l’opinion publique, lassée des silences et des justifications répétitives.
Dans ce climat électrique, une question persiste, lancinante : à quel moment la gestion de l’ordre public bascule-t-elle dans la confiscation pure et simple de l’espace démocratique ? À force de dissoudre, interdire et arrêter, le pouvoir ne risque-t-il pas de dissoudre, au passage, la confiance déjà fragile entre gouvernants et gouvernés ?
L’histoire récente du Tchad semble, hélas, offrir une réponse.