jeudi 16, avril 2026
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En plein mois de Ramadan, le président de la République, Mahamat Kaka, a effectué une visite surprise au marché central de N’Djamena. Officiellement, cette descente sur le terrain devait permettre au chef de l’État de constater lui-même les prix des denrées alimentaires et de s’assurer que ces produits soient vendus à des prix abordables.
Sur le papier, l’initiative semble louable. Dans la réalité quotidienne des Tchadiens, elle apparaît plutôt comme une opération de communication de plus, déconnectée de la souffrance réelle du peuple.
Car pendant que les caméras suivent le président dans les allées du marché, la population, elle, fait face à une flambée continue des prix. Le panier de la ménagère devient chaque jour plus lourd à porter. Le sac de mil, l’huile, le sucre ou encore le riz échappent progressivement au pouvoir d’achat des familles déjà fragilisées.
Dans un marché largement libéralisé, aucune mesure structurelle sérieuse n’est prise pour réguler les prix ou protéger les consommateurs. Les commerçants fixent leurs tarifs au gré des fluctuations et des spéculations, pendant que l’État se contente d’observer, ou de mettre en scène des visites symboliques.
Plus grave encore, cette démonstration intervient dans un contexte social particulièrement tendu. Les enseignants voient leurs salaires amputés, les fonctionnaires peinent à joindre les deux bouts, et des milliers de familles vivent dans une précarité silencieuse. Pour beaucoup, chaque jour est une lutte pour nourrir leurs enfants.
Dans le même temps, à l’Assemblée nationale, des distributions de denrées alimentaires sont organisées pour des responsables et des élus dont certains perçoivent des revenus mensuels dépassant deux millions de francs CFA. Une générosité sélective qui choque l’opinion, surtout lorsqu’on sait que les plus pauvres, eux, peinent même à exercer de petites activités de survie.
Dans plusieurs localités, des femmes sont empêchées de vendre des produits traditionnels comme le néré, pourtant essentiels pour soutenir l’économie familiale. Cette répression de l’économie informelle frappe précisément ceux qui n’ont déjà presque rien.
Le contraste est brutal : d’un côté, des visites présidentielles très médiatisées dans les marchés ; de l’autre, une population abandonnée à la cherté de la vie, aux salaires amputés et aux restrictions économiques.
Ce que réclament les Tchadiens n’est pas une promenade présidentielle entre les étals de tomates et de gombos. Ce qu’ils attendent, ce sont des décisions courageuses : une régulation effective des prix, un soutien réel aux producteurs locaux, et des politiques sociales qui protègent les plus vulnérables.
La dignité d’un peuple ne se mesure pas au nombre de visites surprises dans les marchés. Elle se mesure à la capacité de ses dirigeants à entendre la détresse sociale et à y répondre par des actes concrets.
Aujourd’hui, au Tchad, beaucoup ont le sentiment que le pouvoir préfère regarder la pauvreté plutôt que de la combattre.