mercredi 10, juin 2026
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À N’Djamena, une mécanique inquiétante semble s’être enclenchée, piétinant sans scrupule les fondements les plus élémentaires de l’État de droit. Depuis le 10 avril, trois responsables de l’Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques (AVCRP) du régime de Hissène Habré Maibé Komadje Gabin, Tahir Hassan Atom et Mahamat Tahir Adirdir, subiraient des pressions intenses pour endosser des faits qu’ils contestent.
Selon des informations concordantes, ces responsables seraient contraints de reconnaître une prétendue malversation qui impliquerait en réalité d’autres figures de l’association, notamment le vice-président Ali Takebo et le secrétaire général Fadoul. Plus troublant encore, ces derniers, pourtant éclaboussés par des accusations de faux et usage de faux, n’ont toujours pas été auditionnés.
Au cœur de cette affaire, la commission des Renseignements Généraux et d'Investigations, placée sous l’autorité du général Ahmat Youssouf Abakar, semble s’ériger en juridiction parallèle. Refus d’entendre certains protagonistes, pression ciblée sur d’autres, soupçons de favoritisme fondé sur des liens communautaires et familiaux : le tableau est celui d’une justice à géométrie variable, où la vérité devient une variable d’ajustement.
L’ombre de l’arbitraire plane d’autant plus lourdement que cette affaire rappelle les dérives déjà dénoncées par Youssouf Tom, évincé du gouvernement pour avoir osé pointer du doigt les pratiques illégales des services de sécurité, notamment celles des renseignements généraux etd'investigations ainsi que l’Agence nationale de sécurité d’État (ANSE). Aujourd’hui, le silence des institutions judiciaires face à ces accusations graves interroge.
Où est le procureur de la République ? Où se tient la ministre de la Justice, Ndolénodji Alixte Naimbaye ? Leur mutisme, s’il devait perdurer, s’apparenterait à une caution tacite donnée à une dérive dangereuse : celle d’un appareil sécuritaire qui s’arroge le droit de juger, de contraindre et de condamner en dehors de tout cadre légal.
L’histoire récente du Tchad a déjà payé un lourd tribut aux abus de pouvoir. Persister dans cette voie reviendrait à entériner une justice de clan, brutale et partiale, une justice qui ne dit pas le droit, mais impose la peur.