mercredi 10, juin 2026
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À Djermaya, zone industrielle censée incarner l’essor économique du Tchad, une affaire trouble jette une lumière crue sur les fragilités du climat des affaires. Au cœur du tumulte : la société Sulolex, spécialisée dans le fer, aujourd’hui paralysée par une opération dont la légalité est vigoureusement contestée.
Selon des informations concordantes recueillies auprès de sources proches du dossier, des éléments militaires ont investi le site industriel, interrompu les activités et interdit tout accès aux propriétaires pourtant reconnus dans les registres officiels. Une démonstration de force qui, si elle était avérée, relèverait moins d’un simple différend commercial que d’un usage préoccupant de l’appareil sécuritaire.
Les témoignages évoquent une scène brutale : bureaux vidés, employés expulsés, installations scellées. Le tout sans qu’une ordonnance judiciaire formelle d’expulsion ne soit présentée. L’opération aurait été justifiée, selon ses initiateurs présumés, par un conflit interne opposant la direction à certains travailleurs. Une version que les propriétaires balaient d’un revers ferme.
Ces derniers soutiennent qu’un accord avait été conclu pour désamorcer les tensions, prévoyant notamment la restitution de fonds et un inventaire légal des biens de l’entreprise. Or, cet inventaire, pièce maîtresse pour établir la transparence, aurait été purement et simplement bloqué. Un verrouillage qui alimente les soupçons d’une manœuvre préméditée.
Plus grave encore, des noms circulent. Ceux de responsables militaires de haut rang, dont le général Ismaël Louni, son frère Mohamed Louni, ainsi que le général de division Barma Hamchi, commandant de la Garde nationale et nomade tchadienne. À leurs côtés, plusieurs magistrats et fonctionnaires sont cités dans des allégations qui, si elles se confirmaient, dessineraient les contours d’une collusion inquiétante entre force publique et intérêts privés.
Dans ce dossier déjà explosif, un épisode cristallise les critiques : la décision attribuée à un substitut du procureur, jugée irrégulière par certaines sources, en contradiction avec une ordonnance judiciaire antérieure encadrant strictement toute intervention sur les actifs de Sulolex. Une entorse supposée à la légalité qui interroge frontalement l’indépendance de la justice.
À cela s’ajoutent des accusations de cession du stock de l’entreprise, estimé à plus d’un milliard de francs CFA. Pendant ce temps, les propriétaires affirment être maintenus à distance, privés de leurs installations et de tout levier de contrôle. Une situation qui, au-delà du cas Sulolex, fait écho à un malaise plus profond.
Car selon plusieurs sources, cette affaire ne serait pas isolée. Elle s’inscrirait dans une série de conflits impliquant des entreprises privées, où procédures judiciaires et interventions sécuritaires s’entremêlent dans une opacité déroutante. Une mécanique qui, si elle venait à être établie, porterait un coup sévère à la crédibilité des institutions.
Le contraste est saisissant. D’un côté, un discours officiel vantant l’attractivité économique et la sécurité des investissements. De l’autre, des pratiques alléguées qui évoquent une insécurité juridique persistante, où le droit de propriété semble négociable sous pression.
Face à cette situation, les parties dénonciatrices réclament une enquête indépendante, rigoureuse et transparente. Elles exigent que toute la lumière soit faite sur les responsabilités des personnes citées et appellent à la mise en place de mécanismes de protection des investissements, à l’abri de toute interférence.
Elles affirment par ailleurs détenir des documents sensibles, incluant des signatures attribuées à de hautes autorités. Ces pièces sont actuellement en cours de vérification, afin d’en établir l’authenticité et de déterminer si certaines auraient été utilisées de manière frauduleuse ou hors cadre légal.
L’affaire Sulolex dépasse désormais le simple litige industriel. Elle pose une question centrale, presque brutale : au Tchad, la loi protège-t-elle encore équitablement tous les acteurs économiques, ou s’efface-t-elle devant des rapports de force opaques ?
Pour l’heure, le dossier reste en cours d’examen. Mais une chose est certaine : le silence ou l’inaction, dans une telle affaire, vaudraient acquiescement.
Affaire à suivre...