jeudi 16, avril 2026
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Une nouvelle affaire relance le débat sur la liberté de la presse au Tchad. Le directeur de publication du journal Tchad Alyom, Bienvenu Ngana, affirme avoir répondu à une convocation du parquet, émise par le 8ᵉ Substitut du Procureur de la République.
À l’origine de cette procédure : une plainte déposée par Telro Gantengar, faisant suite à une publication datée du 17 mars, intitulée : « MPS : Tolérance zéro face à la fronde interne et aux manœuvres de déstabilisation ».
Selon les éléments rapportés, le plaignant aurait d’abord contacté la rédaction en proférant des menaces, avant de saisir la justice pour des faits présumés de diffamation et de menaces. Une démarche que plusieurs observateurs assimilent à une pression judiciaire visant à intimider un organe de presse.
Initialement prévue pour le 15 avril dernier, l’affaire a été renvoyée au 29 avril 2026, en l’absence du plaignant, représenté toutefois par son conseil. Mais ce report ne dissipe en rien les inquiétudes croissantes au sein du milieu médiatique.
La faillite des organisations de défense des médias
Au-delà de cette affaire, une autre réalité choque davantage : l’indifférence quasi totale des organisations faîtières des médias au Tchad. Depuis plusieurs années, la solidarité entre journalistes semble s’effriter, laissant place à des positionnements sélectifs et à géométrie variable.
Comment expliquer que certaines affaires suscitent une mobilisation bruyante, tandis que d’autres, tout aussi graves, sombrent dans un silence incompréhensible ? Il y a peu, le directeur de publication du journal en ligne Bande Info a été menacé par Laoukein Kourayo Médard, sans provoquer la moindre réaction notable des organes et de ces confrères. Plus troublant encore, des organisations censées défendre la profession se sont désolidarisées de leurs propres membres, invoquant des arguments jugés peu convaincants.
Dans le même temps, d’autres journalistes, dont un ancien collaborateur de Le Progrès et de Tchadinfos.com, traverse des épreuves dans une indifférence presque totale. Pourtant, ces mêmes organisations ont su, par le passé, se mobiliser avec éclat pour d’autres, à l'exemple de Moussa Ngedmbaye.
Depuis la convocation de Bienvenu Ngana, peu de voix se sont élevées pour dénoncer ce qui est perçu comme une pression judiciaire. Ce silence interroge : pourquoi ces deux poids, deux mesures ?
Une profession en perte de repères ?
Derrière ces contradictions se dessine une crise plus profonde. Le journalisme tchadien semble aujourd’hui traversé par des logiques d’intérêts individuels, au détriment des valeurs fondamentales du métier : solidarité, indépendance et engagement pour la vérité.
Beaucoup s’interrogent : le journalisme est-il encore un sacerdoce ou est-il devenu un simple levier d’opportunités personnelles ? Depuis toujours, ce métier est présenté comme un engagement exigeant, rarement lucratif, mais essentiel à la démocratie.
À force de renoncements et de silences, c’est toute la crédibilité de la presse qui est en jeu. Car une profession divisée et sélective dans ses combats finit par affaiblir sa propre légitimité.
Dans ce contexte, l’affaire Tchad Alyom dépasse largement le cas individuel. Elle pose une question fondamentale : qui défend encore les journalistes, lorsque les journalistes eux-mêmes cessent de se défendre entre eux ?