jeudi 16, avril 2026

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Tchad/Batha : quand un délégué du gouvernement transforme une province en caserne personnelle

Dans la province du Batha, l’administration semble avoir changé de nature. Là où l’État devrait incarner la loi et la mesure, certains dénoncent aujourd’hui un climat de peur et d’arbitraire attribué au délégué général du gouvernement auprès de la province, Ahmat Goukouni Mourali

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Plusieurs sources locales décrivent un responsable qui confond allègrement gestion administrative et commandement militaire, installant un régime de mépris où injures et humiliations seraient devenues la langue officielle de travail.

Selon ces témoignages concordants, autorités administratives, militaires et judiciaires seraient régulièrement prises à partie. Dans les couloirs de l’administration comme dans les réunions officielles, les éclats de colère et les invectives seraient devenus monnaie courante. L’intéressé ne s’en cacherait guère : il affirmerait pouvoir faire muter ou écarter quiconque ose lui tenir tête, fort d’un lien familial avec le sommet de l’État.

Pendant ce temps, la sécurité publique vacille. En moins d’un mois, trois braquages ont été signalés à seulement trois kilomètres d’Ati, sans qu’aucun suspect ne soit interpellé à ce jour. Des responsables sécuritaires affirment que les forces de l’ordre peinent à opérer faute de carburant, un soutien logistique que le délégué refuserait de financer.

Justice paralysée, administration familiale

La situation devient plus inquiétante encore sur le terrain judiciaire. Des décisions rendues par la Cour suprême et la Cour d’appel resteraient lettre morte, bloquées par des instructions venues du sommet provincial. Dans cette mécanique opaque, plusieurs postes clés seraient occupés par des proches : neveux, beaux-frères et parents propulsés préfets ou sous-préfets.

Le tableau dressé par certains acteurs locaux est saisissant : un responsable du centre des impôts, un huissier de justice et même le délégué aux droits de l’homme auraient récemment essuyé des injures publiques. Un épisode révélateur d’un climat institutionnel devenu toxique.

Quand l’administration prétend juger

Dernier épisode en date : des instructions auraient été données aux commandants de brigade et à certains auxiliaires de justice pour régler les litiges directement sur place en infligeant des amendes. Une pratique qui reviendrait à court-circuiter la justice et à transformer l’administration territoriale en tribunal improvisé. Cette dérive serait liée à une récente altercation avec le procureur de la République.

Dans les rues d’Ati, l’inquiétude monte. Plusieurs observateurs redoutent que l’accumulation de frustrations et d’injustices ne finisse par nourrir des tensions communautaires. Une province abandonnée par ses élites, livrée à l’humeur d’un seul homme : voilà le sentiment qui domine chez nombre d’habitants.

La question reste entière : jusqu’à quand le gouvernement laissera-t-il une province stratégique glisser vers une gouvernance personnelle, où l’autorité de l’État se confond avec les caprices d’un homme ?