jeudi 16, avril 2026

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Tchad–Soudan : fractures ethniques, jeux de pouvoir et engrenage périlleux

Le vacarme des armes à l’Est du Tchad n’est pas qu’un écho lointain du conflit soudanais : il révèle une mécanique politique inquiétante, où s’entremêlent rivalités communautaires, stratégies de pouvoir et calculs militaires. Au cœur des accusations, le président Mahamat Idriss Déby, soupçonné par certains cercles d’avoir choisi une ligne dangereuse en lien avec les Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dagalo.

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Derrière ces tensions, une réalité brutale : les populations civiles, notamment au sein de la communauté zaghawa, paient le prix fort. Massacres allégués, déplacements forcés, climat de peur… la tragédie se répète, implacable, sur fond de frontières héritées de la colonisation, qui continuent de fragmenter des peuples autrefois unis.

Selon plusieurs témoignages, une stratégie d’affaiblissement progressif serait à l’œuvre. Sur le plan économique, des figures comme Tahir Nguilin sont accusées de contribuer à une pression financière ciblée contre des opérateurs zaghawa. Sur le plan sécuritaire, la création d’unités parallèles, dont le FIR, alimente les soupçons d’une recomposition des forces au profit de cercles proches du pouvoir, au détriment d’équilibres déjà fragiles.

Pendant ce temps, des recrutements de jeunes issus d’autres communautés, notamment gouranes, dans des milices ou structures sécuritaires, accentuent les lignes de fracture. Une poudrière sociale, où chaque étincelle peut embraser un pays déjà éprouvé.

Plus troublant encore, les assurances prêtées au chef de l’État, promettant un soutien militaire contrôlé et mesuré, apparaissent aujourd’hui, pour certains, comme un écran de fumée. La réalité du terrain, elle, semble raconter une autre histoire : celle d’un engrenage où alliances extérieures et rivalités internes convergent vers un même point de rupture.

Dans ce climat délétère, le souvenir du 20 octobre 2022 au Tchad reste vivace. Arrestations, silences imposés, justice contestée… autant de cicatrices encore ouvertes. L’interpellation de figures politiques comme Succès Masra n’a fait qu’accentuer la défiance.

Au sommet, les discours officiels peinent à masquer une réalité plus crue : celle d’un pouvoir fragilisé, enfermé dans ses propres contradictions. Même les mises en garde d’acteurs internationaux, à l’image de Moussa Faki Mahamat, résonnent désormais comme des avertissements ignorés.

Le Tchad avance ainsi sur une ligne de crête. Entre manipulations politiques, tensions communautaires et influences extérieures, le pays semble pris dans une spirale où la paix devient une variable d’ajustement. Et pendant que les puissants manœuvrent, les peuples, eux, comptent leurs morts et enterrent leurs illusions.